Comment sont choisis les patriarches maronites?

Depuis le synode de 1736, le patriarche maronite est élu par le collège des évêques, et le vote doit être confirmé par Rome, mais il n’en a pas toujours été ainsi. La méthode a beaucoup varié au cours des siècles. Les patriarches pouvaient être élus par « l’assemblée de l’épiscopat, du clergé et du peuple » … autrement dit par l’acclamation de tous les présents! Ce fut le cas pour Sarkis Rizzi en 1581, Youssef Rizzi en 1596, Youssef Aqouri en1644… Pour Gabriel Blawzawi en 1701 et Joseph Dergham El Khazen en 1733, ils ont été élus par les seuls évêques, mais le résultat du vote a été ensuite présenté au clergé et au peuple pour acceptation.

Armes patriarche
Les armes du patriarche Rahi

Dans une lettre adressée à Léon X (8 mars 1514), le patriarche Simon Ibn Hassàn (1492-1524) explique la méthode assez curieuse en usage de son temps:

Un proédé original

« A la mort du patriarchei, douze prêtres, désignés pour celaii, se réunissaient dans le Monastère de Cannoubin, résidence du patriarche, et s’enfermaient chacun dans sa cellule. Défense leur était faite de communiquer entre eux ou avec l’extérieur. Ils devaient écrire chaque jour sur une feuille de papier le nom de celui qu’ils voulaient désigner pour être le chef religieux du peuple maronite. Le patriarche n’était élu que le jour où Le candidat avait les voix unanimes des électeurs. Et alors les prélats et tes prêtres ainsi que les autres clercs et les fidèles s’assemblaient pour proclamer le nouvel élu et l’installer sur le siège patriarcal. »

On imagine bien que cette unanimité devait parfois se faire attendre. Les électeurs pouvaient alors décider de confier le choix à trois d’entre eux tirés au sort. Le patriarche était élu à la majorité, donc 2 voix sur 3.

Une loterie?

Dans une note écrite de sa main en marge de l’évangéliaire de Rabula. Jérémie de Dmalsa (1283), après avoir raconté comment il avait été nommé métropolite du monastère de Kaftoun, poursuit:

«… Et après quatre ans me rechercha le seigneur de Gebel avec les évêques, les curés et les prêtres, et ils jetèrent la bague, et elle tomba sur moi, et ils me firent patriarche dans le monastère saint de Hālāt, et, après cela, ils m’ont envoyé à Rome, ville insigne, et j’ai laissé mon frère, l’évêque Théodore, qui gouverne et garde les ouailles».

Qu’était-ce donc que cette « bague:? Cette « élection » ressemble bigrement à un tirage au sort!

Deux patriarches!

Certaines élections furent mouvementées.

Youssef Khazen
Youssef El Khazen

Le 14 mai 1742, dès le lendemain des funérailles du patriarche Joussef Dergham El Khazen, les évêques présents, sans attendre le délai traditionnel, ni même prévenir leurs confrères absents, se réunissent pour procéder à l’élection de son successeur. Leurs voix se portent sur Simon Awad, archevêque de Damas, mais celui-ci refuse. Un nouveau vote a lieu le lendemain et c’est Elias Mohasseb, archevêque d’Arka qui est élu.

Les archevêques de Chypre et de Tyr qui étaient absents ne l’entendent pas de cette oreille et décident de procéder à un vote concurrent. Mais deux évêques, c’est un peu juste pour constituer un collège électoral! Qu’à cela ne tienne! Avec l’assistance d’un prélat de rite syriaque, ils sacrent deux nouveaux evêques et élisent l’archevêque de Chypre, Tobie El-Khazen.

Simon Awad
Simon El Awad

Chacun des deux prétendants envoie, selon la règle, le procès-verbal de son élection au Saint-Siège qui se trouve avec, sur les bras, deux patriarches!

Finalement, après plus d’un an de discussions et moult enquêtes, le pape Benoît XIV annule les deux élections et désigne lui-même le patriarche maronite: Simon Awad (nommé plus haut). Lequel est intronisé le 11 octobre 1743.

Celui qui ne voulait pas du patriarcat

Nous venons de voir comment, alors que deux évêques se battent pour le siège patriarcal c’est celui qui n’en voulait pas qui s’y retrouve assis! Dans le même ordre d’idées, l’histoire nous donne à savourer un épisode quelque peu rocambolesque.

A la mort de Jean Bawab Es Safrawi, survenue à Qannoùbîne, le 23 décembre 1656, l’assemblée, évêques, clergé et peuple, choisit pour lui succéder, Georges Habqouq Al Bechaalani. Ce prélat était connu pour sa charité, sa piété et la rctitude de son jugement, en un mot: sa sainteté.

Mais à toutes ces nobles vertus, s’ajoutait aussi une profonde humilité, et l’élu se sentant indigne d’une telle charge, refuse. On insiste, on le presse, mais il réussit à s’enfuir. La foule part à sa recherche et finit par le découvrir caché dans une cellule de moine.

On le ramène manu militari à l’église pour procéder, séance tenante, à son intronisation. Il feint de céder et demande à se reposer quelques instants dans une cellule. Cela lui est accordé, mais il en profite pour se sauver à nouveau par la fenêtre et aller se cacher dans une grotte de la Vallée.

Après l’avoir cherché longuement en vain, on dut se résoudre à une nouvelle élection, et c‘est ainsi que devint patriarche maronite, Georges Bsebaali.

Le plus jeune patriarche maronite

Le 6 août 1786, Youssef Tyan est consacré évêque de Damas par le patriarche Youssef Estephan. Certains de ses confrères, mécontents vont se plaindre à Rome, faisant état de sa jeunesse, déclarant qu’il n’avait pas l’âge légal, à savoir 25 ans: il en avait 26.

Youssef Tyan
Youssef Tyan

Par contre, lorsque, dix ans plus tard, il est élu patriarche, il n’avait pas, cette fois, l’âge requis qui était de 40 ans. Cependant, le pape Pie VI confirmera son élection et lui accordera le pallium, le 24 juillet 1797, déclarant: « Il apparut très digne à ses électeurs pour l’élire au siège du patriarcat, bien qu’ayant maintenant 37 ans et étant jeune en âge, mais vieux en vertu ».

Youssef Tyan démissionnera en 1808 et terminera sa vie comme ermite.

Il est mort à Qannoubine en 1820 et son corps, momifié naturellement, y est conservé dans une châsse près de l’église (Cf. Les sites historiques/Saydet Qannoubine).

iNous savons par ailleurs que le processus d’élection du nouveau patriarche commençait 9 jours après le décès du précédent.

iiPar qui? Nous n’en savons rien.