
Note: La plupart des sits sont fermés pour éviter les dégradations. Pour obtenir la clef, appelet le No: 70 574 844
La vallée de Houlat
Il s’agit d’une petite vallée qui, descendant de Hadchit, rejoint la Qadicha. Elle est bordée de plusieurs couvents ou ermitages.
On y accède de deux façons:
De Hadchit:
A partir de l’église Mar Romanosi, dans le vieux village. Il y a peu encore, on empruntait un escalier suivi d’un petit sentier, mais les barbaresii sont passés là, avec leurs bulldozers, et, c’est maintenant, sur plusieurs centaines de mètres une route pour voituresiii.
De la vallée:

Sur la route qui longe la rivière, quelques dizaines de mètres avant le restaurant Green Land, un sentier monte à droite. Il a été très bien réaménagé en 2021 et dédié à Mgr Camille Zeidane, comme l’indique un panneau à l’entrée. Il fait le tour de la vallée de Houla et c’est lui que nous emprunterons.
Assez raide, au début, la pente s’adoucit, et après environ 250m, il faut prendre le chemin qui monte à droite. Après quelques minutes, on débouche sur un espace dégagé d’où on peut profiter d’une très belle vue sur la première partie de la Vallée. Un peu plus haut, on rencontre un espace semblable. Des bancs y sont prévus pour le repos du randonneur.
Encore quelques centaines de mêtres de montée et on arrive à la chapelle de Mart Chmouneh.
Mart Chmounehiv

- La chapelle

Elle présente la particularité d’avoir deux nefs, mais trois autels. En fait, on a simplement utilisé l’espace entre la nef principale et la paroi rocheuse pour installer un autel. Nous retrouverons la même disposition un peu plus loin dsns la chapelle Mar Antonios.

Ses murs étaient autrefois recouverts de fresques du XIIIème ou XIVème siècle. Malheureusement, un généreux mécène a estimé que leur mauvais état les rendait offensantes au regard et a payé pour les faire enlever! Heureusement elles avaient été photographiées avant leur destruction. Elles sont reproduites et commentées dans un classeur aux pages en carton épais exposé à l’intérieur.
- Sainte Chmouneh
Dans la Bible, le deuxième livre des Maccabées raconte la révolte des juifs contre les séleucides qui voulaient leur imposer les coutumes et la religion grecques. Le chapitre 7 nous décrit le martyre de sept frères en présence de leur mère qui les encourageait à rester fidèles à leur foi. Après avoir vu périr ses enfants, celle-ci fut, à son tour mise à mort. La Bible ne mentionne le nom, ni des jeunes gens, ni de leur mère, mais la tradition va combler ce vide. Les martyrs reçurent le nom de Maccabée (c’est, en fait, le surnom, probablement dérivé de « marteau », donné à Judas, celui qui prit la tête de la révolte). Quant à la mère, elle est parfois appelée Hanna, mais dans la région, elle est honorée sous le nom de Chmouneh. On la trouve représentée avec son plus jeune fils dans la chapelle de Saydet el Dorr, à Hadchit

Mar Behnam
Poursuivant le chemin, nous arrivons à la petite chapelle Mar Behnam.
- La chapelle

En partie ruinée, elle comporte trois autels placés devant des absidioles. Dans la voûte, on remarque en trois endroits, des poteries encastrées. Il s’agit d’un dispositif acoustique que l’on rencontre assez souvent (notamment à Mar Lichaa) destiné à atténuer l’écho.
Aux endroits où l’enduit demeure, on distingue des traces de décorations géométriques.

- Qui est Mar Behnam?
Il s’agit d’un martyr du IVème siècle. Il était le fils de Sinharibv, roi païen de Ninive. Un jour, il rencontra l’ermite Mattaï (Matthieu) qui guérit sa soeur Sarah de la lèpre. Le frère et la soeur se firent alors baptiser. Quand le roi apprit leur conversion, il devint furieux. Prévenus par leur mère, Behnam et Sarah s’enfuirent, mais les soldats de leur père les rattrapèrent et les exécutèrent. Quand il réalisa qu’il avait fait mettre à mort ses propres enfants, le roi devint fou. Là encore, c’est Mattaï qui le guérit, et lui aussi se fit baptiser. Il édifia un mausolée pour ses enfants et plus tard, un monastère fut construit à l’emplacement de l’ermitage de Mattaï. .
L’histoire a certainement été un peu enjolivée au cours des siècles. La tradition a notamment joint aux deux martyrs quarante serviteurs, mais il est certain que c’est à cette époque que l’Assyrie est devenue chrétienne. De plus, le monastère et le mausolée existent toujours, ils ont été, bien sûr, restaurés et agrandis maintes fois depuis. Non seulement les chrétiens de la région, qu’ils soient catholiques ou orthodoxes, mais même les musulmans et les yézidis (une minorité ethnique et religieuse de la région) viennent y vénérer les saints martyrs. Lors des derniers événements, les miliciens de Daech ont tout saccagé et même dynamité la coupole du mausolée et détruit les reliques, mais les restaurations sont en cours. Le lieu qui s’appelait autrefois Bakhdidat est plus connu sous son nom turc de Qaraqosh.
Mar Sarkis ou Bakhos

Un peu plus loin, en levant le regard vers la droite, on aperçoit un bouquet de magnifiques chênes, certainement plusieurs fois centenaires. Derrière, la paroi rocheuse est creusée d’une petite cavité naturelle formant une abside irrégulière. On peut voir dans la roche, des trous destinés à recevoir des poutres, Il devait donc exister autrefois, un plafond. Etant donné la faible hauteur de ces traces, le sol d’origine devait être plus bas qu’actuellement.
- Qui sont Saint Sarkis et Bakhos?
Saint Serge et Bacchus étaient deux amis, officiers de l’armée romaine. Ils vivaient à la fin du IIIème siècle en Syrie et étaient chrétiens en secret, mais certains de leurs collègues, jaloux de la faveur dont ils jouissaient auprès de l’empereur Maximien, les ont dénoncés. On a voulu les obliger à faire un sacrifice aux dieux, et, ayant refusé, ils ont été exécutés après de longues tortures. Au Liban, on trouve un grand nombre d’églises ou de monastères qui leur sont dédiés.

Deir es Salib

Poursuivant notre chemin, nous traversons un petit torrent (à sec en été), et continuons la descente sur sur l’autre versant. Nous passons sous une sorte de dolmen naturel. Quelques mètres plus loin, à gauche, un canal amenait l’eau à un moulin, aujourd’hui en ruine. À droite, un dentier mène à Deir es Salib. On peut regretter l’escalier monumental et la monstrueuse passerelle peu en accord avec la simplicité du couvent lui-même. La grille franchie (si l’on a pris la précaution de demander préalablement la clef à la maison paroissiale de Hadchit), on se trouve face à une assez grande grotte contenant une église à deux nefs. On y pénètre en passant sous une vaste arcade qui n’a nulle part son équivalent dans la région.
Description:
- Nef latérale (sud)
Devant une majestueuse arcade en plein cintre, une porte, à droite, nous permet de pénétrer dans la première nef.
Un peu à droite, un pilier séparant les deux nefs porte une crucifixion. En dessous, une inscription en syriaque est trop abîmée pour être déchiffrée.
Sur le mur nord de l’abside, on trouve les restes d’une fresque représentant l’Annonciation.
Il ne reste pratiquement rien de la Vierge, mais l’ange Gabriel est en assez bon état.
En face, une sainte serre contre elle un enfant
La crucifixion

La peinture, d’une qualité différente de celle des fresques a vu ses couleurs passer avec le temps, aussi les détails sont assez difficiles à préciser. Elle est datée du Xème ou XIème siècle et certainement la plus ancienne du couvent. Le Christ torse nu et vêtu d’un pagne de couleur sombre a les jambes légèrement pliées. Les pieds reposent sur un support transversal. La tête est penchée à droite. Il est entouré par sa mère à sa droite et St Jean à sa gauche. Marie a le visage tourné vers son fils qui lui rend son regard. Sa main gauche couvre une partie du visage et sa droite est partiellement levée. St Jean a également les yeux tournés vers le Christ. Ses mains sont horizontales, dans un geste d’offrande ou de supplication. Les couleurs des vêtements sont difficilement reconnaissables. La scène est encadrée, comme souvent, par le soleil et la lune.vi
L’Annonciationvii
La scène se situe à l’extérieur. En arrière-plan, on peut voir un bâtiment symbolisant sans doute le village de Nazareth.
De la vierge ne subsistent qu’une partie du nimbe, le cou, l’épaule et une partie du bras droit recouvertes d’un manteau pourpre sur une tunique bleue.

L’ange, lui, est beaucoup mieux conservé dans la partie haute. Son visage, au nimbe identique à celui de Marie, très beau, est intact. Il est tourné de trois-quarts, mais le regard est dirigé vers le spectateurviii. Ses cheveux bouclés sont cernés d’un bandeau orné d’un bijou paré de sept pierres brillantes. Il porte un manteau rouge sur un vêtement ocre. Dans la main gauche, il tient un bâton de pèlerin sur lequel semble être enroulé le message qu’il vient apporter. La main droite fait le geste de bénédiction, pouce et annulaire jointsix. Dans la plupart des représentations de l’Annonciation, l’ange est debout, les genoux légèrement fléchis, une jambe en avant (généralement celle qui est en arrière-plan, le plus souvent la gauche) dans une attitude qui peut signifier la marche, mais également une amorce de génuflexion. Ici, la cuisse gauche est quasiment horizontale, comme si la génuflexion était complètex L’aile droite est dirigée vers la terre la gauche vers le ciel, symbolisant sa mission temporaire.

La sainte anonyme
En face de l’Annonciation, est représentée une femme, très abîmée. Elle est debout, de face, la tête nimbée de jaune. Elle porte des boucles aux oreilles, et son vêtement est richement décoré. Dans sa main gauche, elle tient la croix symbole du martyre, et à sa droite, elle est accompagnée d’un enfant. Elle a parfois été identifiée comme étant la mère des sept frères Macchabées (Mc 7: 1-41) que l’on retrouve représentée non loin de là dans les églises de Mart Chmounehxi et Sayedetet Dorr, mais la richesse de sa parure fait plutôt pencher pour sainte Yolita (Julitte) et son fils Kyriakos (Cyr). Il s’agit d’une riche veuve martyrisée à Tarse avec son fils âgé de trois ou quatre ans en 304. Son culte a été longtemps très populaire en Orient.
- Abside nord
On y trouve une théorie d’apôtres et de saints, malheureusement très endommagés. Sur le mur nord, n’en demeure qu’un fragment. Le mur droit est recouvert d’une grande fresque comportant cinq personnages ayant également la tête auréolée d’un nimbe jaune cerclé de noir. Malheureusement, les visages ont fait l’objet de dégradations, pas seulement dues aux ravages du temps. Yeux et bouches avaient été systématiquement creusés par des vandales. Ces fresques ont, récemment fait l’objet d’une excellente restaurationxii. Tous les personnages étaient accompagnés d’une inscription en syriaque portant leur nom, mais la plupart sont devenues illisibles.
En tournant de gauche à droite, on peut remarquer:

- Du côté gauche, seule demeure une figure assez endommagée. On distingue un personnage jeune, vêtu d’un manteau fermé par une broche. La main droite est levée dans le geste de l’orant. Sa tête auréolée de jaune porte une coiffe tronconique qui permet de l’identifier de façon quasi-certaine comme étant le prophète Daniel.

- Du côté sud, à gauche, un évêque reconnaissable à son omophorion blanc orné de croix noires par-dessus une chape à encolure carrée. Le visage a les traits très marqués. Les cheveux sont rares et le menton est orné d’une courte barbe. Dans le creux de son bras gauche, il porte un livre richement décoré. La main droite tient une croix avec traverses haute et basse. Il est généralement identifié à St Jean Chrysostome.

- A ses côtés, un personnage jeune vêtu d’un manteau rose-marron sur une tunique violet foncé. Comme le précédent, il tient sur son avant-bras gauche un livre richement décoré. Le pouce et l’annulaire de la main droite sont joints comme ceux de l’ange Gabriel. Ce geste peut être interprété comme un signe de bénédiction ou signifier la parolexiii. Il s’agit de St Jean l’évangéliste, comme le confirme une inscription en syriaque à peine visible le long du nimbe.

- Suit un homme aux cheveux noirs et à la barbe pointue. Il s’agirait de l’apôtre Jacquesxiv. Il porte un manteau marron simplement posé sur les épaules, par-dessus une robe grise. Il tient un rouleau dans la main gauche et la droite forme le même geste que St Jean.
- Le cinquième personnage dont il ne reste que le visage, l’épaule et le bras droit, est, selon l’inscription, St Paul.

- De la sixième figure, ne subsiste qu’une étroite bande verticale montrant le côté droit. On peut cependant reconnaître un jeune homme au visage allongé. Par-dessus un vêtement de même couleur que le nimbe, il porte un manteau clair, presque blanc, bordé de brun. Sur son bras gauche recouvert d’un voile marron, repose une pyxidexv, ce qui permet de reconnaître dans le personnage un diacre, très probablement St Étienne. L’autre main devait, selon l’usage, tenir, soit un encensoir – attribut du diacre avec la pyxide – soit la croix du martyre.

Toutes ces fresques seraient datées de la fin du XIIème siècle.
Mar Antonios
Reprenons le sentier descendant. Un panneau nous invite à nous rendre, à droite à la chapelle Mar Antoniosxvi.
- La chapelle

Elle est dédiée, non pas à St Antoine le Grand, mais St Antoine de Padoue. Il est fort possible que ce soient les capucins qui ont occupé le couvent au XVIIIème siècle qui l’auraient rebaptisée.
Avec ses deux nefs et trois autels, elle ressemble parfaitement à Mart Chmouneh que nous avons visitée précédemment, mais en plus petit. Il serait évidemment impossible de célébrer la messe devant l’autel de gauche dont la fonction n’est que symbolique.
Du couvent, il ne reste rien. Il devait être constitué par les quelques grottes avoisinantes.
Revenons sur nos pas et continuons à descendre. En quelques minutes, nous rejoignons la route principale du fond de la Vallée, auprès d’une fontaine où nous pouvons nous rafraîchir.
Notes
iCurieusement traduit en français « Saint Raymond » !
iiBarbare est celui qui détruit ce qu’il ne peut comprendre.
iiiIl était même question de prolonger cette route jusqu’à la Vallée !
ivPour les protéger des vandales, la chapelle Mart Chmouneh et Deir es Salib sont fermés. La clef est à demander à la paroisse de Mar Romanos, à Hadchit/
vLe nom du roi de Ninive est incertain. On trouve aussi Sennachetib II
viLa présence du soleil et de la lune dans les icônes ou fresques peut avoir des significations différentes selon le contexte. Ici, la lune symbolise la nuit survenue en plein jour (le soleil), le vendredi saint.
viiDatée entre le XIème et XIIème siècle.
viiiSelon l’usage dans les icônes.
ix Ce geste peut également être interprété comme le signe de la parole. A la parole de l’ange, Marie répond: « Qu’il me soit fait selon ta parole« , et par cette réponse, le Verbe s’est fait chair.
xCette attitude rare en Orient se retrouve dans maintes représentations occidentales, Giotto (1303-1306), Lorenzetti (1344) et surtout au XVème siècle, Fra Angelico, Léonard de Vinci ou Girolamo da Cremona.
xiCf. plus haut.
xiiCf. article « nouvelles ».
xiiiCf. plus haut, note viii Cette dernière signification serait à rapprocher du prologue de son évangile: « Au commencement était le Verbe« .
xiv Pour certains, ce serait St Barthélémy. Si, pour St Jacques, le rouleau dans sa main représenterait son épître, St Barthélémy est aussi parfois représenté avec un livre ou un rouleau, allusion surprenante à un « évangile », pourtant considéré comme apocryphe, mais qui a cependant inspiré certains aspects de la foi chrétienne, comme la descente de Jésus aux Enfers.
xvPyxide: coffret servant à transporter l’Eucharistie.
xviCe même panneau nous signale qu’on y a trouvé « une croix triangulaire »!!!
