Histoire de la vallée

Une vue de la Vallée Sainte

Ermites et cénobites

L’histoire de la Vallée Sainte commence au IVème siècle.

Voulant se retirer du monde, ces ermites cherchaient les endroits les plus isolés possibles. Cette vallée sauvage et difficile d’accès avec ses falaises percées de nombreuses grottes leur offrit le refuge idéal. Ils furent jusqu’à huit cents simultanément. On disait que, lorsqu’ils étaient en prière, la Vallée tout entière était remplie des fumées d’encens.

Les restes de l’ermitage Mar Bimine

En 391, par l’édit de Milan, l’empereur Constantin accorde aux chrétiens la liberté de culte, mettant fin à près de quatre siècles de persécutions. C’est alors que le mouvement des ermites qui avait commencé en Egypte au IIIème siècle se répand dans tout le Proche-Orient. Les croyants fous d’amour pour le Christ, ne pouvant plus lui donner leur sang  décidèrent de lui consacrer leur vie, jour par jour, heure par heure. Ainsi, l’érémitisme est devenu un martyre étalé sur toute une vie.

En général, un petit groupe de novices se choisissait un maître appelé « Abbé » ou « Ancien » connu pour sa sagesse et sa sainteté. Ainsi, se constituaient de petites communautés informelles dont les membres se retrouvaient parfois pour un temps de prière ou pour écouter l’enseignement de l’Abbé, après quoi, chacun retournait dans sa grotte. Après quelques années, l’un ou l’autre décidait de voler de ses propres ailes et allait s’installer dans un endroit isolé, difficile d’accès.

Plus tard – probablement vers le début du VIème siècle – certains souhaitèrent mener une vie communautaire plus structurée et créèrent à Qannoubine le premier monastère.

Il importe de bien comprendre que l’on n’a pas bâti un couvent, mais simplement organisé la vie conventuelle. Un monastère n’était, au départ, constitué que d’un ensemble de grottes, certaines servant de cellules aux moines, et d’autres, plus grandes, de salles communes, chapelles, offices… Plus tard, au fur et à mesure que le nombre de moines augmentait, le monastère pouvait s’étendre vers la vallée, jusqu’à sortir complétement du rocher.

Outre les ermitages, la Vallée s’est alors remplie de monastères, maronites, mais aussi jacobites, éthiopiens. Byzantins, et plus tard latins (franciscains et carmes). Au XIIème siècle, un voyageur andalou, Ibn Jubayr, y note même la présence d’ermites musulmans.

Au XVIIème siècle, le centre de gravité des  maronites s’étant déplacé vers le Kesrwan, les seuls monastères encore habités par des moines de cette communauté étaient St Antoine Qozhaya et Qannoubine, avec chacun une quarantaine de moines. La Vallée Sainte se peupla alors d’occidentaux. Des franciscains et capucins occupaient les couvents de Mar Antonios (Hadchit), Mat Touma (Hasroun) et Saydet Hawqa. Quant à Mar Lichaa, des carmes s’y installèrent de 1643 à 1693, avant l’arrivée des alépins qui allaient y fonder la première congrégation maronite en 1700. Des français vinrent aussi y mener la vie érémitique. Le plus célèbre étant, bien sûr, François de Chasteuil qui, après avoir vécu douze ans en ermite à Ehden, finit ses jours à Mar Lichaa en 1644.

Les persécutions

Au cours des siècles, la Qadicha a été, à plusieurs reprises, le théâtre d’événements tragiques.

Bien que les relations entre maronites et croisés aient été, en général excellentes, il faut citer cependant un sévère accroc dans cette entente. En 1137, les princes de Damas s’attaquent au comté de Tripoli. On ne sait pour quelle raison, les villageois maronites se retournent contre leurs alliés et guident les troupes damascènes dans la vallée de Qadicha. Le comte Pons voit ainsi arriver des troupes ennemies d’un côté où il ne les attendait pas et est battu. Fait prisonnier, il est exécuté. Son fils Raymond II se vengera d’une façon terrible, faisant mettre à mort les notables des villages de la montagne.

En 1265, puis en 1283, les mamelouks attaquèrent la région. Les habitants se réfugièrent dans deux grottes-forteresses, Assi Hawqa et Assi Hadeth, La première fut prise par trahison. Un maronite, Ibn Sabha, montra aux assaillants comment détourner l’eau d’une rivière pour inonder la grotte. Les défenseurs n’eurent que le choix de périr noyés ou massacrés à la sortie. A Hadeth, ce sont les mamelouks qui, après avoir promis la vie sauve à ceux qui se rendraient, renièrent leur parole et massacrèrent tous les réfugiés.

En 1440, le patriarche Johanna al Jagi, qui résidait à Mayfouq, poursuivi par le naïb de Tripoli, vint se réfugier à Qannoubine. Ses successeurs y demeureront jusqu’en 1823

La cachette du patriarche à Mar Lichaa

Quelques siècles plus tard, sous le joug ottoman, les persécutions continuèrent, sous une autre forme. La principale préoccupation des nouveaux maîtres était l’argent. La région, bien qu’essentiellement peuplée de maronites, fut soumise au clan chiite des Hamadé. Lorsqu’ils ne peuvaient s’acquitter des taxes aux taux arbitraires,  les habitants devaient souvent quitter leur village et se réfugier un temps dans la Vallée.  Il en était de même pour les patriarches qui furent souvent contraints de se cacher dans des grottes ou de fuir la région. C’est ainsi qu’en 1726, le pacha voulut s’emparer du patriarche Jacques Awad el Hasrouni. Il envoya ses hommes mettre à sac le couvent de Qannoubine. Le patriarche ayant pu s’enfuir et se cacher à Mar Lichaa, les turcs se saisirent de tous les moines présents qu’ils gardèrent captifs jusqu’au paiement (par le consul de France) d’une rançon.

Aujourd’hui: A partir du XVIIIème siècle, des villageois commencèrent à descendre s’installer dans la Vallée, cultivant les terres, en tant que métayers des communautés religieuses, propriétaires. Au début du XXème siècle, la population de la Qadicha atteignait le millier d’âmes. Ensuite, les difficultés d’accès, et surtout les disputes internes qui firent plusieurs morts, incitèrent les paysans à remonter dans les villages ou à émigrer en Australie. Actuellement, seules quelques maisons sont encore habitées  en permanence.

Parmi les couvents, quatre demeurent

Mar Lichaa, abandonné depuis le départ en 1981 pour l’hospice, du dernier ermite, le Père Antoun Tarabey, a été l’objet de grands travaux dans les années 90. Actuellement, des offices y sont célébrés régulièrement, mais il n’abrite plus ni ermites, ni communauté.

A la même époque, le P. Yoaqim  Moubarak fit restaurer le couvent de Qannoubine, dont l’église servait alors d’abri pour les bergers et leurs troupeaux! Une petite communauté de sœurs antonines y vit en permanence et accueille pèlerins et visiteurs.

Le petit couvent de Saydet Hawqa a été également restauré à la fin des années 90 pour héberger un ermite colombien, le P. Dario Escobar.

Saint Antoine Qozhaya

Mar Antonios Qozhaya, lui, n’a pas eu besoin de restauration car c’est le seul couvent de la Vallée à avoir toujours été occupé (à part quelques épisodes de persécution ou de destruction).  La communauté compte actuellement une douzaine de moines de l’Ordre Libanais Maronite.

Classée en 1998 au Patrimoine Mondial par l’UNESCO, la Qadicha a vu, dès lorsm un afflux de visiteurs, pour la plupart peu respectueux des lieux. Par ailleurs, malgré toutes les interdictions et la présence de gardes et de gendarmes censés faire respecter l’ordre, la chasse s’y poursuit, la Vallée Sainte retentit des musiques des restaurants et pique-niqueurs, et la route de Qannoubine est parcourue par des centaines de voitures. Il est affligeant – ou plutôt révoltant de voir un lieu si chargé d’histoire et de spiritualité abandonné  à un si triste sort.

Entre Dieu et Mammon, qui osera faire le bon choix?