La Qadicha vue par des occidentaux

Introduction: Les occidentaux au Proche-Orient.

L' »Orient mystérieux » a toujours exercé une sorte de fascination pour les occidentaux. Cet engouement devait atteindre son point culminant au XIXème siècle où il inspira de nombreux artistes, poètes, écrivains et peintres. Cependant, tout particulièrement depuis la fin du XVIème siècle, de nombreux voyageurs européens vinrent explorer la région, soit envoyés en mission, politique ou religieuse, soit par goût de l’aventure ou curiosité.

Parmi eux, plusieurs se sont rendus dans la Vallée Sainte et leurs descriptions nous permettent de découvrir la beauté sauvage des lieux, mais aussi la richesse spirituelle qui en émane.

Paysage

Pour simplifier, nous ne retiendrons ici que quatre d’entre eux.

Jérôme Dandini:

Jésuite, envoyé au Liban en 1596 comme nonce par le pape Clément VIII pour atténuer certaines frictions entre Rome et l’Eglise maronite. A l’époque, victimes d’une cabale, les maronites étaient accusés de diverses hérésies. Esprit ouvert, dans son rapport au pape, le nonce extraordinaire les en innocente, pour le présent comme pour le passé, même s’il décèle dans leur pratique, quelques « erreurs » ou « abus », notamment dans le domaine liturgique, qu’il s’attachera à corriger. !

Pour entériner quelques réformes demandées par Rome, il convoquera un synode de l’Eglise maronite.

Il a relaté sa mission au Liban dans son ouvrage: « Voyage du Mont Liban ».

Eugène Roger:

Franciscain français, il se présente lui-même comme « missionnaire de Barbarie ». Il passa, dans la première moitié du XVIIème siècle, une grande partie de sa vie à Jérusalem et au Liban où il servit de médecin à l’émir Fakhr-ed-Din. Son ouvrage «  La Terre Sainte ou Terre de Promission » nous décrit toute la région au début du XVIIème siècle: le pays, sa géographie, sa faune et sa flore, ses habitants, leurs religions, leurs mœurs et coutumes. Il s’attache tout spécialement à nous montrer la situation des chrétiens du Levant, persécutés par les turcs, soutenus et protégés par l’émir Fakhr-ed-Din. De celui-ci, dont il était le confident, il brosse un portrait extrêmement vivant, mais sans complaisance. On y découvre la férocité de l’émir envers ses ennemis, en même temps que son extrême générosité et sa loyauté sans faille envers ses amis, spécialement les chrétiensi.

Il passa un an dans la Qadicha (probablement l’année 1631), au couvent de Hawqa où son Ordre avait créé en 1624 une école pour préparer les séminaristes qui devaient poursuivre leurs études à Rome.ii

Laurent, chevalier d’Arvieux (1635-1702), voyage en Syrie, en Palestine, en Arabie. Parlant parfaitement l’arabe, le turc et le grec, s’habillant « à la turque », il lui arrive de se faire passer pour un autochtone. Envoyé extraordinaire du roi de France à Constantinople, puis à Tunis où il délivre 380 esclaves français! Consul à Alger, puis à Alep. Dans ses « Mémoires », il raconte ses séjours au Liban, notamment sa visite de la Qadicha en 1660.

Voyage du Mont-Liban
Frontispice du livre de Dandini

C’est lui qui mettra au point avec Lully et Molière les « turqueries » du Bourgeois Gentilhomme!

Jean de La Roque, 1661-1745. Voyageur, journaliste et homme de lettres. Il visite le Liban fin 1689. On lui doit plusieurs ouvrages dont « Voyage de Syrie et du Mont-Liban » où il relate notamment l’histoire de l’ermite français François de Chasteuiliii.

  1. Que nous montrent-ils?
  1. Les lieux

Tous les visiteurs – et il en est encore de même aujourd’hui – s’accordent sur la beauté de la Vallée Sainte. A la fois riante et sauvage (d’Arvieux emploie l’expression « beauté affreuse »).iv

cascade
« …de petits torrens qui se précipitent dans le vallon »

« On peut dire que c’est un des plus beaux endroits du Liban , sur tout par cette prodigieuse abondance d’eau qui sort de diverses ouvertures des rochers aux environs , en-deçà , & en-delà du fleuve , laquelle forme des napes , des cascades , & de petits torrens qui se précipitent dans le vallon , & grossissent le fleuve. Cela joint à l’agréable verdure des arbres , & des bocages , forme un spectacle charmant durant le jour , & la nuit on est penetré , pour ainsi dire , d’une douce terreur par le bruit de ces eaux qui ne tarissent jamais ». (JL)v

« Les bords de la riviere nous parurent enchantez. Ce fleuve qui est d’abord formé par la grosse source , qui sort de dessous les cedres est continuellement augmenté par le nombre prodigieux de ruisseaux , et de fontaines qui tombent de la montagne, qui passent au pied des arbres & au travers des fentes des rochers qui font des cascades naturelles , charmantes , & qui répandent un air frais qui fait oublier que l’on est dans un Païs très-chaud. (…) Si l’on joint à cela le chant des Rossignols & d’une infinité d’autres oiseauxvi , il faut demeurer d’accord que ces lieux ont des agrémens infinis. » (LA)

Mais, par ailleurs, nous dit Dandini:

« Ils (les moines) sont retirez dans les endroits les plus cachez de ces montagnes , éloignez de tout commerce & sous de grands rochers ; en sorte qu’ils semblent plûtôt estre dans des grottes & des cavernes propres aux animaux , que dans des demeures pour les hommes ». (JD)

Et Eugène Roger poursuit:

Hawqa


« Celui où sont nos Religieux, qu’on appelle Saydet Miriam men Hoca… »

« Celui où sont nos Religieux, auquel j’ay demeuré un an , qu’on appelle Saydet Miriam men Hocavii, est si affreux, que les plus hardis tremblent quand ils s’en approchent ».viii

ermitage près Mar Lichaa
« Il y en a uns si élevés qui ne peuvent être habitez que des oyseaux »

« Il y en a quelques uns si élevés sur des rochers, que si on ne voyoit encore ce qui reste de fabriques, tant des Chapelles que des autres bâtiments, on ne pourrait pas croire que ces lieux eussent jamais été habitez des hommes : Car on ne peut les considérer qu’avec des lunettes d’approches & ne peuvent être habitez que des oyseaux ». (ER)

D’Arvieux se fait la même réflexion et se demande comment on pouvait y accéder.  » Après y avoir bien pensé, nous crûmes qu’ils y descendoient des lieux qui sont les moins impraticables, par des échelles ou par des cordes », conclut-il.De fait, Le P. Roger dut grimper une échelle de 12m pour rendre visite au vieil Ibrahim Sionnite, ermite à Mar Sarkis:

« Il y en a un appelé Mar Sarquis … »

« Il y en a un appelé Mar Sarquisix, lequel est si affreux , qu’il n’est pas possible de le représenter. Car outre qu’il est (…) dans un désert où l’on voit beaucoup moins de créatures humaines que de bestes féroces , outre sa situation qui est dans un rocher fait en precipice , avant que d’y entrer il faut monter une echelle, & passer dessus un échaffaut de branchages, qui conduit dans un trou que la Nature a fait en ce rocher » (ER)

La Roque devra emprunter une échelle de même hauteur pour visiter l’ermitage de Mar Assia où s’était retiré quelques dizaines d’années auparavant, un capucin piémontais, le Père François.

paysage
« Leurs Monasteres sont dans des lieux deserts, parmy des rochers affreux… »

Mais cette austérité est voulue, recherchée:

« Ils vont habiter ces autres Hermitages, ou ils ont plus de compagnie des tygresx, des ours , autres bestes féroces, que des créatures humaines ». (ER)

Car un tel cadre, mélange de douceur et d’âpreté, porte naturellement à la contemplation:

« Leurs Monasteres sont dans des lieux deserts, parmy des rochers affreux, où il semble que la nature ait pris plaisir à faire ces lieux solitaires &. penitens; neantmoins si agreables , qu’à les voir on est sensiblement excité à la devotion et au mépris du monde ». (ER)

  1. Le mode de vie (moines évêques et patriarches):
Qozhaya
Qozhaya

Selon nos auteurs, il semblerait qu’aux XVIème et XVIIème siècles, la Vallée n’ait été peuplée que de moines, et encore peu nombreux. Eugène Roger nous parle, pour toute la montagne (et non la Vallée Sainte seule), de « quarante Monasteres, dont la plus grande partie est abandonnée. Dans ceux qui sont habitez il n’y a que deux ou trois Religieux ». La cause de ce dépeuplement est probablement la création dans le Kesrouan, de monastères plus confortables et plus accessibles. Outre l’ermitage de Mar Sarkis,xi les seuls couvents cités comme habités sont: St Antoine Qozhaya, Saydet Hawqa, Qannoubine et Mar Lichaa. Le premier, selon Eugène Roger, comptait, au début du XVIIème siècle, une quarantaine de moines. De Hawqa, nous savons qu’au moment de la visite du P. Roger, s’y trouvait une communauté d’une demi-douzaine de franciscains et une douzaine d’étudiants se préparant à poursuivre leurs études à Rome (Cf note 2). Qannoubine comptait, selon La Roque une quarantaine de moines, auxquels il faut ajouter plusieurs évêques et quelques prêtres et diacres, assistants du patriarche. Enfin, de Mar Lichaa, La Roque nous dit: « Il est habité par des PP. Carmes Déchaussés, (…) & par des moines de l’institut de ceux de Canubin. Ceux-cy vivent séparément des Hermites Carmes; mais ils ont l’église en communxii. » Mais il ne nous donne pas le nombre de religieux de l’une ni de l’autre communauté.

Tous sont unanimes pour célébrer les vertus des moines comme des prélats.

  1. Ascèse

Nous avons vu dans quelles conditions vivaient les ermites, mais les monastères ne sont guère plus confortables: les chambres, de simples grottes, et les lits, des nattes posées à même le sol. Tous, hôtes ou moines, évêques ou patriarches sont logés à la même enseigne:

Moine maronite selon Eugène Roger

« Une partie du Couvent (Qannoubine) est bâtie séparément de l’Eglise , & l’autre est taillée dans le rocher vif , dans lequel on a pratiqué de petites grottes ou chambres pour les Religieux , & pour les Etrangers. » (LA)

Lesquels étrangers sont effectivement logés comme les moines:

« On nous conduisit chacun dans une petite grotte fort propre , où nous trouvâmes des nattes , & les couvertures que nous avions apportées avec nous. » (LA)

« Ils couchent sur des nattes de feuilles de canne contre terre; & mangent du pain cuit sous la cendre. Le Patriarche & les Evesques sont tous vestus les uns comme les autres » (ER)

« Pour ce qui est du Patriarchexiii , je le saluay dans une petite chambre , où il n’y avoit aucune tapisserie , parce qu’il fait profession de la vie Monastique « (JD)

Et d’Arvieux conclut par une jolie formule devenue depuis proverbialexiv:

« Tous les Prélats Maronites menent une vie fort régulière & fort austere , ils sont habillez pauvrement , & n’ont pour tout revenu que ce que la terre leur donne par le travail de leurs mains. On ne voit point chez eux le faste de nos Prélats d’Europe. Leurs ornemens sont propres quoique pauvres. C’est la vertu qui les orne , & non pas les étoffes riches , les broderies , l’or & l’argent. Ils n’ont que des crosses de bois , mais ce sont des Evêques d’or. » (LA)

Patriarche maronite (E. R.)

« Ils vivent simplement de ce que la terre produit de soy-mesme & ne mangent jamais de chair , quand mesme ils sont malades & en danger de mourir. Pour ce qui est du vin: ils n’en boivent que tres rarement. » Nous dit Dandini. Toutefois, quelques dérogations peuvent être autorisées, commandées par le devoir d’hospitalité. C’est ainsi que d’Arvieux nous décrit le repas qui lui fut offert:

 » Nous y trouvâmes une grande quantité de viandes , accommodées à la manière du Païs , avec des fruits , des confitures au miel , & un bon nombre de cruches de terre scellées avec du plâtre pleines d’un vin excellent qui surpassoit encore celui du bon Patriarche Noé »xv. Mais il ajoute:

« Le Patriarche, les Evêques & les Prêtres qui nous pressoiennt de boire, ne nous en montroient pas l’exemple ; au contraire ils étoient très-sobres. Quelques-uns ne buvoient que de l’eau , & ce n’étoit que pour exercer l’hospitalité dans la plus grande étenduë , qu’ils nous faisoient si grande chere. Leur vie ordinairement est extrêmement frugale ».

En l’absence du patriarche (comme il sera expliqué plus loin) et également du supérieur, La Roque sera reçu plus simplement:

« Le repas, consistoit en quelques plats d’œufs & en quelques olives; mais il seroit difficile de trouver ailleurs du vin plus excellent que celui qu’on nous presenta » . Mais il tient à préciser que  » l’abstinence de la viande est étroitement observée parmi ces Religieux »

  1. Hospitalité

La charité et l’hospitalité sont parmi les premiers devoirs des moines :

« Ils font profession d’une grande austerité de vie, & d’exercer l’hospitalité envers tout le monde »(JL)

Grotte des fous
:a « Grotte des fous » à Qozhaya

Depuis toujours, les couvents ont été des refuges pour les parias rejetés par la société. Nous savons qu’à Qozhaya, la « Grotte des Fous » tenait lieu d’asile psychiatrique. Ce qui est moins connu, c’est la présence, à proximité de Qannoubine d’une léproserie. C’est le P. Roger qui en témoigne:

« Ce bon patriarche (…) entretient quelques Lepreux en une Maladrerie proche de son Convent, lesquels il visite & assiste luy mesme ». (ER)

Quant à l’hospitalité, Dandini témoigne qu’« ils l’exercent hautement , sur tout dans le Monastere de Cannubin où il y a pendant toute l’année table ouverte , l’entrée n’en estant jamais defenduë , non seulement aux Maronites & aux autres Chrestiens , mais mesme aux Turcsxvi & à tous ceux qui y viennent à qui on donne à manger pendant tout le temps qu’ils y veulent estre , c’est ce qui leur cause une dépense incroyable. Car comme c’est le sejour ordinaire du Patriarche l’on ne sçaurait croire combien cela y attire de monde tous les jours , soit par necessité , par curiosité , pour affaire , ou pour autre chose ». (JD)

Pour les moines de Qannoubine, l’hospitalité n’a, en effet, pas de limites. « Même aux Turcs » insiste Dandini. Il s’agit là d’une vieille tradition: malgré les persécutions continuelles et surtout les horribles exactions commises dans toute la région par les mamelouks un siècle auparavant, le P. Boutros, supérieur de Qannoubine, n’aurait-il pas, en 1388 offert asile au sultan Barquq chassé de son trône?xvii

  1. Persécutions

Depuis le début du XVIème siècle, les mamelouks ont laissé place aux Ottomans, mais les persécutions continuent, sous une autre forme. La principale préoccupation des nouveaux maîtres est l’argent. Ils ont établi sur chaque région des gouverneurs dont le rôle principal est la collecte des impôts. Dans la pratique, ces fonctions sont devenues souvent héréditaires. C’est ainsi que la région qui nous intéresse, bien qu’essentiellement peuplée de maronites, est soumise à un clan chiite: les Hamadéxviii. Soit de leur part, soit de celle du Pacha de Tripoli, les chrétiens – et en particulier les patriarches – font sans cesse l’objet de persécutions, obligés de se cacher ou de s’enfuir.

En 1660, d’Arvieux raconte:

Mar Antonios
L’ermitage Mar Antonios

 » D’autres Frères allerent avertir le Patriarchexix de notre arrivée. Il étoit caché dans une grotte peu éloignée , très-secretexx, et d’un accès difficile & bien couvert , où il se retiroit à la pointe du jour , & d’où il ne revenoit que le soir ; parce que les habitans de ces Montagnes étoient pour lors en guerre avec le Pacha de Tripoli , qui leur demandoit une grosse somme d’argent , qu’ils ne jugeoient pas à propos de lui donnerxxi , & le Pacha envoyoit souvent des Turcs pour enlever le Patriarche & le lui conduire , ne doutant point que quand il l’auroit entre ses mains , tous les Maronites ne vendissent jusqu’à leur dernière robe pour le retirer de ses prisons. »

Au moment de quitter Qannoubine, le groupe croise une troupe de cavaliers farouches:  » Nous étions prêts à partir le lendemain matin , quand nous vîmes arriver une vingtaine de Soldats armez de bons mousquets. Leur figure nous fit peur. C’étoient des gens secs , halez , maigres , décharnez , les yeux bordez de noir , presque nuds. Ils entrerent d’un air féroce dans le parvis sans saluer personne. »

crypte Qannoubine
Crypte-cachette sous l’église de Qannoubune

Finalement, il s’avère qu’il s’agit de ces hommes du clan Hamadé qui – une fois n’est pas coutume – étant, pour l’heure, en conflit avec le pacha de Tripoli, venaient offrir leurs services au patriarche!

« Ils n’étoient venus à Cannoubin , que pour sçavoir des nouvelles du Patriarche de la part de leur Prince, & lui offrir leurs services en cas de besoin. »

Mais, moins de quarante ans plus tard, lors de la visite de La Roque, la situation est différente. Le patriarche (le vénérable Stéphane Douayhi) « étoit absent depuis quelques mois, à cause de la tyrannie d’un Seigneur du Pays, lequel ne se contentant pas de mille écus que le Monastere lui paye tous les ans, le vexe encore en mille façons, jusqu’à y mettre le feu quand on n’est pas en état d’accorder tout ce qu’il demande d’extraordinaire » (JL). Or, ce « Seigneur du Pays » n’est autre justement que le chef du clan Hamadé!

Ainsi, pris entre deux feux, les patriarches vivaient dans une insécurité permanente. Traqués par les uns ou les autres, ils devaient sans cesse se réfugier, ou dans une grotte comme dit plus haut, ou dans la crypte sous l’église ou, comme Jacques Awad dans la cachette de Mar Lichaa. A moins que, comme l’a fait maintes fois le patriarche Douayhi ils ne soient contraints à s’enfuir au Kesrouan ou au Chouf pour se placer sous la protection d’un cheikh ou d’un émirxxii.

  1. Conclusion

« Souviens-toi des jours d’autrefois,

rappelle-toi les années des siècles passés.

Interroge ton père et il t’instruira,

demande aux anciens, ils te répondront ».

(Dt 32: 7)

Quatre siècles après le passage de ceux dont nous venons d’évoquer le témoignage, la Vallée Sainte continue à fasciner.

Forêts ombragées et sources rafraîchissantes, gorges profondes et falaises abruptes; à la fois riante et sauvage, la Qadicha attire toujours des visiteurs de tous pays en recherche de dépaysement, et aussi de cette beauté qui, selon la définition de St Augustin, élève l’âme.

D’autres, en quête d’absolu, dans le silence que procure son isolement, y vivront un temps de rencontre avec eux-mêmes et avec le Seigneur.

Mais tous, quelles que soient leurs motivations originelles, ne peuvent être que marqués par son histoire, à la fois glorieuse et tragique, s’ils veuillent bien prendre le temps de la méditer.

Si mamelouks et ottomans ont été emportés par le souffle du temps, flotte encore mystérieusement, dans cette Vallée, l’ombre de ces milliersxxiii de saints et martyrs qui l’ont autrefois peuplée.

  • Beauté, pour sans cesse s’émerveiller,
  • Rude simplicité, pour apprendre le dépouillement
  • Effort accepté, pour se souvenir des souffrances d’autrefois
  • Silence, pour écouter, comme Elie à l’Horeb (1R 19: 12), la voix du Seigneur,

La Vallée Sainte a, aujourd’hui comme aux siècles passés, beaucoup de leçons à nous enseigner. Puisse-t-elle continuer à forger des saints, comme elle l’a fait autrefois par milliers.

i Le P. Roger nous confie le rêve de Fakhr-ed-Din: s’emparer de Jérusalem, l’offrir aux chrétiens et s’y faire baptiser!

ii Fonctionnant grâce à l’aide de l’émir, elle fut contrainte de fermer en 1633 quand celui-ci fut poursuivi par les ottomans.

iiiSon récit est un condensé de l’ouvrage de l’abbé Marchety paru en 1666, « La vie de Monsieur de Chasteuil, solitaire du Mont-Liban ».

iv Le mot « affreux » est à prendre dans son sens étymologique, il est synonyme de « effrayant »,

v Les références seront notées de la façon suivante: JD = Jérôme Dandini; ER = Eugène Roger; LA = Laurent d’Arvieux; JL = Jean de La Roque.

vi Aujourd’hui, malheureusement, victimes de la chasse, ceux-ci sont devenus rares!

vii Saydet Hawqa.

viii Jusqu’à ce que, il y a une vingtaine d’années, l’escalier qui y mène soit aménagé, il faisait encore peur à beaucoup. Le P. Roger parle de « quatre cents marches », mais il ne les a pas comptées: il y en a près de sept cents! D’ailleurs le mot « Hawqa » vient d’un mot araméen qui signifie « escalier ».

ix Ermitage Mar Sarkis, près de Mar Abon. Il n’en reste plus que des traces, la falaise qui le portait s’étant écroulée depuis.

x Il est peu probable qu’il y ait jamais eu des « tygres » dans la région! A la rigueur, des léopards. Dans l’Antiquité, on pouvait y rencontrer des lions. Jusqu’au XIXème siècle, des ours vivaient encore dans la montagne libanaise. A l’heure actuelle, les plus gros prédateurs que l’on peut rencontrer dans la Qadicha sont les hyènes. Les chacals et renards y sont nombreux, les lynx rares, et des loups y passent parfois.

xi Il faut ajouter, selon Douayhi, des étrangers venus s’installer dans la Vallée dans le courant du XVIIème siècle: « En 1668, quatre personnages venus de France, s’étant isolés du monde, décidèrent de servir Dieu dans les ermitages du Mt Liban. Certains d’entre eux ont choisi d’habiter au monastère de Mar Assia sur les terres de Kfarsaroun; d’autres, le monastère de Mar Aboun sur les terres de Hadath » . Enfin, La Roque mentionne le P. François, capucin piémontais, qui aurait vécu également comme ermite à Mar Assia. Sans oublier, bien sûr, le célèbre François de Chasteuil qui, après avoir vécu en ermite une douzaine d’années à Ehden à Mar Yaqoub puis Mar Sarkis, s’installa à Mar Lichaa où il mourut en 1644.

xii CF. l’article sur Mar Lichaa.

xiii Il s’agit de Sarkis Rizzi. Très malade, il décédera pendant le séjour de Dandini. Son neveu Joseph Rizzi lui succédera.

xiv En fait, Il n’est pas du tout sûr qu’il en soit l’auteur. Peut-être se contente-t-il de citer une expression qui avait déjà cours à son époque.

xv Allusion à un vin que l’on a présenté aux voyageurs quelques jours auparavant comme provenant d’une vigne plantée par Noé lui-même, et dont, pour cette raison, même les musulmans avaient permission d’user.

xvi L’expression s’applique, en fait, à tous les musulmans.

xvii Si cette tradition est contestée par les historiens, elle n’en témoigne pas moins du sens de ;’hospitalité, même envers les ennemis.

xviii Que La Roque nomme « Amédiens » et d’Arvieux « Hhameïdié » en les disant par erreur « Drusses ».

xix Georges Rizkallah.

xx D’Arvieux ajoute:  » Le Patriarche arriva demie heure après qu’on eût été l’avertir ». La grotte en question est probablement l’ancien ermitage de Mar Antonios qui se trouve effectivement à 1/4h du couvent patriarcal.

xxi Dans une lettre adressée au roi de France, Douayhi se plaint de ce que « l’argent qu’il (le couvent de Qannoubine)devait auparavant au pacha de Tripoli se comptait à 200 piastres alors que sitôt que nous avons accédé à la dignité patriarcale, il a atteint les 400 piastres et ne cesse de grimper injustement d’année en année. De même, le pays où nous sommes était grevé de 4000 piastres, puis de 7000 et cela grimpe sans cesse de manière arbitraire« .

xxii Le même Douayhi adresse à Louis XIV ce poignant appel au secours: « Ils ont emprisonné les hommes et les enfants et accroché les femmes aux arbres par leurs seins comme nous avons vu de nos propres yeux. Ceci nous a fendu le cœur, (…) tous les lieux et les villages de Jebbé sont entièrement dévastés et leurs habitants dispersés dans de lointaines contrées(…). De plus, ils (…) ont aussi porté atteinte à notre personne et à nos évêques et nous ont avili comme nos ouailles à tel point que nous avons dû maintes fois nous habiller à la façon des laïcs et fuir. Nous avons vécu dans les vallées et les grottes, dans les rocs et les montagnes, sous les intempéries, malgré la vieillesse, pour échapper à leurs mains criminelles. Nous sommes déjà fatigué de tout ceci au point d’abandonner notre Siège et de quitter vers des localités étrangères. »

xxiii La Roque évalue à 18 000, le nombre de moines y ayant vécu.