Description

Le couvent se compose de trois grottes alignées sur la falaise, auxquelles il faut ajouter les restes d’une construction bâtie sur ce qui constitue le « toit » de l’ensemble. L’image à droite représente l’ensemble des grottes et constructions.
La première est la plus grande, elle contient une église, en relativement bon état, malgré les dégâts causés – comme dans tous les sites de la Qadicha – par les chercheurs d’hypothétiques trésors!
D’environ 12 x 7m, elle comporte, comme la plupart des chapelles de la Vallée, une abside flanquée de deux absidioles. Comme on le rencontre également fréquemment, une corniche[1] court le long de la nef. Ce qui est moins habituel, c’est qu’elle est surélevée au niveau du choeur. L’église est le lieu de rencontre de la Terre (symbolisée par les murs verticaux) et du Ciel (symbolisé par la voûte)[2] et la corniche relie les deux, or ici, dans l’abside, le mur se dresse verticalement plus haut que dans la nef d’où la surélévation de la corniche.

Dans la grotte, on remarque des trous ayant servi à encastrer des poutres. Au niveau inférieur, on trouve une petite crypte dont on ne connaît pas l’usage.
Tous les couvents de la Vallée ont commencé par de simples grottes, fermées par un mur, en pierre ou en adobe. Plus tard, certains se sont agrandis en direction de la vallée. C’est le cas ici, comme en témoignent les restes de murs situés en avant de la grotte. Si on ajoute la construction du niveau supérieur, on réalise bien ce que nous en dit Douayhi, à savoir que Mar Abon avait été autrefois le plus important des monastères de la Qadicha.
On sait qu’en 1283 y résidait un évêque du nom d’Ibrahim de Hadeth. C’est à lui, comme témoin direct, que nous devons la relation de l’offensive mamelouke de cette année-là contre la Jubbé de Bcharré et des atrocités qui l’ont accompagnée. Son récit, écrit en marge d’un livre de prière,[3] était conservé dans ce même couvent ainsi qu’une copie faite en 1504. Stéphane Douayhi le cite dans ses Annales.
Pour atteindre les deux autres grottes, il faut emprunter une passerelle formée de quelques rondins dont l’apparence n’est guère faite pour rassurer les personnes sujettes au vertige! La deuxième n’est qu’un petit renfoncement sans rien de particulier. La troisième, assez grande, est fermée par un mur de pierre et a pu servir d’ermitage. Revenons sur nos pas et montons au-dessus de la grotte. Un escalier de pierre nous conduit au niveau de la construction déjà mentionnée.

De là, un raidillon, mène en cinq minutes à une petite terrasse devant l’entrée d’une microscopique chapelle (image à gauche) (elle pourrait à peine contenir plus de cinq ou six personnes !). C’était l’oratoire de l’ermitage Mar Sarkis qui dépendait du monastère. Stéphane Douayhi nous dit que le patriarche Yaqoub Al Hadathi (1445-1468) y avait, avant son élection « vécu en sainteté ».
Par ailleurs, selon Ibn Al Qilaï,[4] y résidait, à la fin du XIVème siècle, un ermite du nom d’Elisée de Hadeth. Celui-ci, monophysite, aurait entraîné dans son hérésie deux patriarches, tous deux du nom de Yohanna, ayant rempli cet office, l’un de 1339 à 1357, et l’autre de 1367 à 1404. En punition de ce crime, Dieu l’aurait fait mourir en le faisant tomber de son ermitage! Mais Douayhi absout ses deux prédécesseurs de toute hérésie.
Le P. Roger nous décrit cet ermitage où il rencontra un vieil ermite nommé Brahim, oncle du célèbre érudit Gabriel Sionnite.
« Il y en a un appelé Mar Sarquis, lequel est si affreux , qu’il n’est pas possible de le représenter. Car outre qu’il est au milieu, des plus hautes & plus sourcilleuses montagnes du Liban,, dans un désert où l’on voit beaucoup moins de créatures humaines que de bestes féroces , outre sa situation qui est dans un rocher fait en precipice , avant que d’y entrer il faut monter une echelle, & passer dessus un échaffaut de branchages, qui conduit dans un trou que la Nature a fait en ce rocher : Ce qui sert de porte & de fenestre pour donner quelque peu d’air & de clarté à une caverne , au fond de laquelle il y a quelques degrez taillez dans le roc, pour monter dans une autre caverne obscure qui sert d’Eglise, ou n’y a aucune clarté que celle d’une lampe qui brûle devant un Autel. »
Il n’est plus visible car il s’est effondré.
Itinéraire
On peut y accéder de trois côtés; Ouest, Nord ou Est.
Ouest. A partir de Tourza, une route, après avoir longé la centrale électrique, monte en lacets jusqu’à Fradis[5]. A la sortie est du village, se dresse une étable en parpaings, (couverte d’une tôle ondulée du plus bel effet!). A gauche, un sentier monte en direction de Qannoubine, à droite, un autre descend vers la rivière[6] que l’on rejoint en une dizaine de minutes. Il faut la franchir sur une passerelle récemment aménagée et suivre le chemin qui remonte de l’autre côté. Quinze à vingt minutes plus tard, en levant la tête vers la droite, on aperçoit le couvent que l’on rejoint facilement en montant de jal en jal.
Nord. De Qannoubine ou du restaurant Abou Joseph, suivre la canalisation en béton vers l’ouest. Une vingtaine de mètres avant qu’elle ne rentre dans la montagne, prendre l’escalier qui descend sur la gauche. Après quelques zigzags, le chemin continue tout droit en direction de Fradis. Apparaît sur la gauche un sentier descendant. Il mène à une maison assez grande, inoccupée sauf parfois en été[7]. L’ayant longée par derrière, on prend le chemin qui descend, enserré au début entre deux talus. Il mène en quinze-vingt minutes à un joli pont, le seul de la vallée à posséder deux arches. L’ayant franchi, en ignorant les chemins que l’on rencontrera venant de gauche, on arrive en quinze minutes au couvent de Mar Abon.
Est. De l’église Saydet el Karm du village de Ouadi Qannoubine, prendre (S-O) le chemin qui mène au petit pont, dans le vallon qui descend de Hadeth. De l’autre côté, le sentier qui est parfois inondé sur quelques dizaines de mètres, longe une première maison (la dernière à avoir été abandonnée, il y a trois ans, pour cause de décès de son locataire). Un peu en contrebas, on peut voir l’église Mar Semaan. On passe ensuite derrière une autre maison, abandonnée, celle-là, depuis longtemps. Le chemin, qui était autrefois très embroussaillé en cet endroit a été bien dégagé depuis. Il descend ensuite en pente assez raide après avoir longé un rocher en pain de sucre, puis continue vers l’ouest. Au bout d’une demi-heure, il croise le chemin venant du nord. Cinq minutes plus tard, après être passé devant une très jolie petite fontaine où une eau fraîche ne demande qu’à nous désaltérer, nous arrivons à Mar Abon.

[1] Quasiment toutes les églises de la Vallée possèdent une corniche semblable dans l’abside. Dans la nef, elle n’est pas toujours présente. Ainsi, dans l’église de Qannoubine, la séparation entre les parties verticale et cintrée n’est marquée que par un léger retrait du mur, la corniche ne se retrouvant que sur les faux-piliers.
[2] “Ce lieu est puissant et redoutable! C’est ici la maison de Dieu et la porte du ciel.” (Gen 28: 17). Cette phrase de l’Ecriture est citée dans le cérémonial de consécration d’une église.
[3] Il était courant, surtout pour les évêques et patriarches, d’écrire ainsi des notices en marge de livres sacrés, évangéliaires, homéliaires… Ainsi était, d’une part, assurée la conservation du texte, d’autre part, garantie la véracité du contenu (il aurait été sacrilège de mentir sur un évangile!). Ces documents constituent des sources inestimables pour les historiens. Le plus célèbre est, bien sûr, l’évangéliaire de Raboula (VIème siècle), que se transmettaient les patriarches jusqu’à son départ pour Florence, on ne sait dans quelles circonstances. La dernière notice est datée de 1516..
[4] Gabriel de Lehfed dit Ibn Al Qilaï (1450-1516). Poète, polémiste et historien. Il poursuit ses études en Italie où il est ordonné prêtre. De retour au Liban après 22 ans d’absence, il s’attache à pourchasser les hérésies, surtout le monophysisme (doctrine selon laquelle le Christ n’aurait qu’une seule nature, divine. Elle a été condamnée en 451 par le concile de Chalcédoine. Cf. Mae Assia: « Des éthiopiens dans la Vallée »), qui avait contaminé certains membres de l’Église maronite. En 1507, il est nommé évêque de Chypre où il meurt en 1516.
[5] Très joli petit village, avec des maisons traditionnelles en pierres sèches… jusqu’à ce qu’il y a une vingtaine d’années, on asphalte la route de pierre qui y menait! Il s’est aussitôt transformé en un amas informe de béton et tôle ondulée!
[6] Il est conseillé de ne pas porter des chaussures de ville et de se boucher le nez car, durant les premières centaines de mètres, le chemin est recouvert par le purin en provenance de l’étable!
[7] Pour parvenir à cette maison, il existe plusieurs raccourcis possibles, mais difficiles à expliquer pour qui ne connaît pas bien le terrain.
