
- ITINERAIRES
- En voiture: Entre Bcharré et Bqarqacha, une route, indiquée par un panneau, descend dans la Qadicha. On laisse sur la gauche le nouveau couvent et on continue jusqu’au fond de la vallée. Là, une fois dépassée la centrale électrique et le poste de gendarmerie, on traverse un petit pont et, immédiatement après, à droite, une route monte vers l’ancien couvent
- En voiture et à pied: On peut laisser la voiture à mi-chemin et continuer à pied par le chemin de croix (signalé par un panneau).
- A pied: De Bcharré. De la rocade qui fait le tour du village, un panneau indique le départ d’un sentier qui rejoint en bas le chemin précédent. Le trajet complet dure moins d’une demi-heure. Il faut préciser que, assez souvent, on doit patauger dans de l’eau ou de la boue sur quelques dizaines de mètres!
- A pied, par Mar Yaqoub: Également, de Bcharré, vers l’extrémité Nord de la rocade, près de l’église st Georges, démarre un sentier balisé par le LMT en Violet et blanc. Arrivé à une grande croix, le balisage vous invite à continuer tout droit. Il est préférable de descendre à gauche, vous pourrez ainsi visiter au passage la petite église Mar Yaqoub récemment restaurée. Le paysage à contempler au cours de la descente est de toute beauté. Le chemin, autrefois assez difficile par endroit a été entièrement sécurisé en 2020. Vers le bas, une flèche vous indique à gauche le chemin de Mar Lichaa. La durée du trajet est d’un peu plus d’une demi-heure.
- HISTOIRE
La question la plus souvent posée par les visiteurs est : » De quand date ce couvent ? « . En réalité, la question est imprécise, il faudrait la décomposer en trois: » Quand sont arrivés les premiers moines? », « A quand remonte la première communauté? » et « De quelle époque sont les bâtiments? »
En fait, on ne peut répondre de façon sûre à aucune des trois questions.
Nous savons que, dès le IVème siècle, la Vallée Sainte a commencé à se remplir d’ermites. Aucun document ne nous est parvenu concernant leur mode de vie, mais nous pouvons supposer qu’il était le même que celui des moines égyptiens, pour lesquels nous possédons de nombreux témoignages.

Si certains de ces anachorètes passaient leur existence complètement isolés, dans une grotte inaccessible (Fig. 2), ravitaillés par leurs confrères ou les villageois au moyen d’un panier au bout d’une corde, la plupart demeuraient assez proches les uns des autres. Ils se choisissaient un père spirituel, appelé « abbé » ou « ancien » et se regroupaient ainsi régulièrement autour de lui pour profiter de son enseignement, prier ensemble et éventuellement partager un repas. Après quoi, chacun retournait dans sa grotte. Plus tard, de véritables communautés se sont formées. Dans la Qadicha, la première fut créée à Qannoubine, probablement au début du VIème siècle. Le principe a dû se répandre dans le courant du siècle suivant
Comme tous les monastères, Mar Lichaa était constitué de quelques grottes servant de cellules aux moines, certaines étant reliées par un couloir fermé par un mur de pierre ou de briques crues. Une, plus grande, était utilisée comme église et éventuellement quelques autres comme lieux communautaires, Plus tard, avec l’augmentation du nombre de religieux, le mur extérieur s’est déplacé vers la vallée. Un des attraits de Mar Lichaa vient du fait qu’il est encore entièrement contenu dans la grotte primitive, la paroi rocheuse en constituant le mur intérieur.
- Les étapes u couvent
Mar Lichaa a, au cours des siècles, maintes fois été abandonné. Saccagé entre temps, à chaque nouvelle occupation, il a dû faire l’objet de restaurations, ce qui fait qu’il est impossible de reconstituer le plan original.
1315: Nous savons donc qu’y résidait l’évêque de Bcharré, comme en témoigne un document signé de sa main.
1533: Georges Ibn Herwas et la moniale Hajjeh Sarah qui y vivent en ermitesi effectuent des travaux de restauration et d’agrandissement.
1643: Le couvent est donné aux P. Carmes par le patriarche Georges Omeyra. Ceux-ci, y effectuent de nouveaux travaux d’agrandissement.
1676: Il est incendié par Hasssan Hamadé
1696: Les fondateurs de l’Ordre maronite s’y installent. Le couvent, n’est plus, selon eux, qu’une ruine et doit donc être reconstruit.
1835: Inauguration de la nouvelle église.
1874: Les moines le quittent pour s’installer dans le nouveau couvent, surplombant la Vallée.
1906: Très délabré, suite à attaques, pillages, il est reconstruit par le moine Germanos Dlebtawi et utilisé comme ermitage.
1949-1981: Le P. Antoun Tarabey succède comme ermite au P. Antonios Ghosn décédé. Quelques travaux (bétonnage de la terrasse… ).
1991: De grands travaux de restauration sont effectués. Depuis, le couvent n’est plus habité, mais des offices y sont célébrés régulièrement.
- Les Pères Carmes
En 1643, les pères carmes décidèrent, après la Syrie, d’ouvrir une mission au Liban. Avec l’accord des habitants de Bcharré, le patriarche Georges Omeira leur offrit le couvent de Mar Lichaa, qu’ils durent, bien évidemment, rénover entièrement. Plus tard, trouvant l’endroit trop isolé, ils ouvrirent une autre résidence à Tripoli, se partageant entre les deux lieux. Mar Lichaa fut progressivement délaissé et en 1700 les religieux s’installèrent à Bcharré, au couvent Mar Sarkis.ii
- Les Alépins (Cf. détails)

C’est ici que fut fondé le premier ordre religieux maronite. En 1694, trois jeunes alépins (un quatrième les rejoindra plus tard. Fig 3), se sentant appelés à la vie monastique arrivent à Qannoubine. Le patriarche Stéphane Douayhi les envoie au couvent de Tamich étudier leur vocation. Ils y sont choqués par le manque de structures: pas de noviciat organisé, pas de voeux de religion, communautés d’hommes et de femmes dans la même enceinte… Convaincus qu’une réforme est nécessaire, ils font part de leurs remarques au patriarche. Celui-ci les encourage et les installe à Ehden, au couvent de Mart Moura, puis en 1696 à Mar Lichaa. Ils y travaillent à l’élaboration d’une règle qui est approuvée par Stéphane Douayhi en 1700.
- François de Chasteuil (Cf. détails)

François de Galaup de Chasteuil(Fig 4) naquit en 1588 à Aix en Provence. Grand érudit, docteur en droit, ses connaissances s’étendaient aussi bien aux mathématiques et à la physique qu’au grec et au latin. Mais sa grande spécialité était la langue hébraïque et l’Ecriture Sainte, à tel point que les rabbins venaient parfois le consulter!
Afin de connaître de visu les pays bibliques il décide, en 1631 de partir pour la Terre Sainte. Il n’y parviendra jamais! Arrivé au Liban, il ressent un appel à une vie contemplative. Avec la permission du patriarche, il s’installe à Ehden dans l’ancien ermitage Mar Yaqoub qu’il quittera plus tard pour celui de Mar Sarkis. Sa réputation de sainteté se répand dans tout le pays et on vient de partout, à son corps défendant, le visiter. Musulmans comme chrétiens lui demandent conseil ou lui confient des intentions de prières.
Au bout de dix ans, les carmes le font venir à Mar Lichaa. Il tombe gravement malade (probablement la tuberculose) et meurt six mois plus tard, le 15 mai 1644 « laissant après soi une odeur de sainteté, qui est encore répanduë dans tout ce pays-là ». (La Roque)
- Le Père Antoun Tarabey (Cf. détails)
La figure marquante de ce couvent, et qui attire sans cesse de nombreux pèlerins, est sans conteste, celle du Père Antoun Tarabey.

Né en 1911 à Tannourine, il n’a que 17 ans lorsqu’il frappe à la porte de l’Ordre Mariamite. Après quelques mois au couvent Mar Sarkis ou Bakhos à Achqout, il poursuit son noviciat à Mar Lichaa. Il avait ainsi souvent l’occasion de descendre dans la vallée y rencontrer le Père Antonios Ghosn qui vivait en ermite dans l’ancien couvent.
En 1949, le Père Ghosn décède et le P, Tarabey lui succède immédiatement à l’ermitage. En 1981, sa santé s’étant détériorée, il est envoyé à l’hospice du Christ-Roi à Zouk, il y décédera en 1998. Son corps est ramené à Mar Lichaa et sa tombe est, quotidiennement, l’objet de vénération.
De nombreuses personnes témoignent des conseils qu’il leur a procurés et des grâces reçues par son intercession, avant et après sa mort. Aussi, sa cause a été introduite à Rome et tous attendent avec impatience sa canonisation.
- VISITE GUIDEE

Le couvent apparaît comme un assez grand bâtiment de deux étages, flanqué à droite d’une église devant laquelle s’étend une petite esplanade. A l’origine, il était, comme tous les couvents de la Vallée, « tout construit dans un grand rocher » (La Roque); suite à des agrandissements successifs, il en déborde maintenant nettement, au niveau de la porte d’entrée. Un simple regard sur la façade permet de remarquer de nombreuses irrégularités, témoins des différentes étapes de construction. Ainsi, notamment, les fenêtres de l’étage, du côté droit, sont surmontées d’une imposte en demi-lune, ce qui n’est pas le cas à gauche, partie plus ancienne.
On y accède par deux escaliers. Celui de gauche est moderne. Bien qu’irrégulier, celui de droite(FIg 6) a été conservé tel quel à cause de son ancienneté.
- Le tombeau et la cellule de François de Chasteuil

Deux escaliers s’offrent à nous. Prenons celui de droite. Nous observons en haut et à gauche, sur la paroi rocheuse des traces d’enduit de terre et de chaux (Fig 7) : c’est tout ce qui reste de la cellule où finit sa vie, François de Chasteuil. La grotte elle-même s’est effondrée. Devant nous, se dresse son tombeau (Fig 8). Le monument a été rebâti lors des derniers travaux de restauration (1991), et aux ossements de l’ermite français, on a ajouté ceux de moines trouvés lors des fouilles

Nous sommes là dans les vestiges de l’ancienne église que la Roque, qui visita le couvent en 1689, nous décrit ainsi: » L’Eglise , qui y est toute taillée [dans le rocher] est d’environ quinze pas de longueur, & de cinq ou six de largeur: on y voit quatre petites Chapelles, ou plutôt des Autels enfoncés bien avant dans le rocher. C’est dans le fond de cette église, joignant le dernier Autel, qu’on nous montra le Tombeau de Monsieur de Chasteüil « . Ainsi, l’église du couvent était une simple grotte, ni retaillée ni maçonnée. On s’est contenté d’en recouvrir les pierres de torchis, argile et chaux, comme du reste, le couvent tout entier. Il était en effet nécessaire que les parois soient blanches pour permettre à de petites lampes à huile de fournir un minimum d’éclairage.
A droite, en contrebas une petite grotte, visiblement retaillée, servait peut-être de cellule à un moine.
A gauche, à un cadre, vestige d’un métier à tisser sont suspendus des panneaux portant des inscriptions extraites du long poème en latin à la gloire de François de Chasteuil, écrit par le P. Célestin, supérieur des Carmes.
- Le couloir inférieur
La cellule du Père Antoun. A gauche, la chambre où notre ermite vécut trente-deux ans. La plupart de ses objets sont exposés au couvent de Louayzé dans un musée qui lui est consacré.

Le bassin. (Fig 9) A l’intérieur d’une grotte calcaire, les infiltrations d’eau sont inévitables. Aussi, dans tous les couvents de la Vallée, un réseau de petits canaux était aménagé dans le sol pour évacuer cette eau ou l’acheminer dans de petites cuvettes creusées dans le sol rocheux. Un tel dispositif existait ici, il est maintenant recouvert par le dallage, mais nous avons devant nous un système bien plus élaboré. Un bassin sculpté, qui reçoit l’eau de deux façons : d’une part, celle qui tombe directement de la voûte le surplombant, et d’autre part, celle qui suinte du rocher et y pénètre par des trous latéraux. Cette eau, bien sûr, filtrée par plus d’1km de roche serait parfaitement pure si les visiteurs n’avaient pas pris l’habitude d’y jeter des pièces, espérant peut-être la réalisation d’un vœu !

Le chapelet. Un peu plus loin, en levant la tête, on remarque un chapelet (Fig 8) qui semble avoir été sculpté dans la pierre. Il s’agit d’un phénomène tout à fait naturel produit par l’eau chargée de calcaire suintant goutte à goutte du rocher.
Le vieil escalier (Fig 9). Nous avons vu plus haut comment étaient constitués les couvents primitifs et comment ils s’étaient ensuite agrandis en repoussant le mur extérieur vers la vallée. Nous en avons ici une parfaite illustration. A l’origine, le couvent commençait en haut de ces marches taillées dans le rocher. On y accédait par une échelle que l’on pouvait retirer le soir, le couvent étant ainsi protégé contre toute intrusion (un dispositif semblable se retrouvait autrefois dans tous les monastères ou ermitages).

Plus tard, le couvent à été agrandi vers la vallée. On a donc élevé un mur et posé une porte. Plus tard encore, le monastère a été allongé vers l’est. L’accès se faisant par un autre côté, cette porte devenue inutile a été murée et l’escalier remblayé.
De l’autre côté du couloir, on remarque trois absidioles, en partie murées. Il n’est pas impossible qu’il s’agisse des vestiges d’une ancienne petite chapelle. Une d’entre elles contient un tableau de St Michel et une autre de St Siméon le stylite. Nous en reparlerons plus loin.
La cachette du patriarche.iii (Fig 10)
Les patriarches résidant à Qannoubine en butte aux persécutions étaient, sans cesse, contraints de se cacher ou s’enfuir (Cf. l’article Saydet Qannoubine). De la part des ottomans ou des Hanadé, il s’agissait, la plupart du temps, de question d’argent. En général, la question se réglait par le versement d’une somme au pacha de Tripoli, le plus souvent par le vice-consul de France, mais en 1726, survint un problème qui n’était pas d’ordre financier.

En 1724 la mort du patriarche melkite d’Antioche avait déclenché entre Cyrille VI Tànâs, partisan du rapprochement avec Romeiv, et Sylvestre de Chypre, une lutte pour sa succession. Les ottomans ayant accordé le firman à Sylvestre, Cyril et les évêques qui le suivaient furent de facto hors la loi et poursuivis. Dans un premier temps, les évêques se réfugièrent au Liban, au couvent de St Antoine Qozhaya, sous la protection du patriarche maronite, Jacques Awad. Celui-ci, ayant été dénoncé auprès du pacha de Tripoli, dut alors se réfugier, lui aussi, à Qozhaya. Une intervention des Khazenv permit, un temps, de calmer le jeu. Mais une lettre du patriarche maronite à l’ambassadeur de France à Istamboul en faveur de Cyril tomba entre les mains des ottomans. Le pacha de Tripoli envoya alors ses troupes au monastère de Qannoubine. Le couvent fut mis à sac et les moines emmenés en prison tandis que le patriarche réussissait à s’enfuir et se cacher à Mar Lichaa. Par précaution, les moines hissèrent le drapeau français sur le couvent. La cachette étant peu confortable, le patriarche fut, au bout de trois jours, transféré dans une grotte située un peu plus haut et difficile d’accès. Jacques Awad souffrant des jambes, un moine dut le porter sur ses épaules!
L’affaire finit par se régler grâce à une nouvelle intervention conjointe du cheikh Khazen et de la diplomatie française, et le patriarche put regagner Qannoubine. Cependant le pacha ne pouvait pas négliger un profit financier: les moines emprisonnés ne furent libérés que contre une rançon versée par le vice-consul de France !
Le « puits ». (Fig 11)

Il s’agit, en fait d’une citerne recueillant l’eau de pluie ou suintant de la roche. Elle est en forme de poire, évasée au fond et étroite en haut et ses parois enduites de chaux, selon le modèle traditionnel au Proche-Orient depuis des millénaires. On en trouve d’autres semblables dans la Vallée. Cette forme permet un fort volume sous un faible diamètre extérieur, et limite les pertes par évaporation.
La salle des évêques. Les évêques (comme d’ailleurs les patriarches), étant choisis parmi les moines, demeuraient souvent dans leur monastère d’origine. Toutefois, certains couvents, sans être pour autant une résidence officielle, ont abrité plusieurs générations de prélats. C’est ici le cas. Nous avons vu plus haut que le plus ancien document concernant Mar Lichaa y avait été signé en 1315 par l’évêque de Bcharré.
Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne s’agit pas d’un luxueux palais épiscopal! La façon de vivre des évêques d’autrefois faisait l’étonnement et l’admiration des visiteurs occidentaux. Comme en témoigne Jean de la Roquevi:
« Tous les Prélats Maronites menent une vie fort régulière & fort austere , ils sont habillez pauvrement , & n’ont pour tout revenu que ce que la terre leur donne par le travail de leurs mains. On ne voit point chez eux le faste de nos Prélats d’Europe. Leurs ornemens sont propres quoique pauvres. C’est la vertu qui les orne , & non pas les étoffes riches , les broderies , l’or & l’argent. Ils n’ont que des crosses de bois , mais ce sont des Evêques d’or. »vii
Dans la petite pièce contiguë à celle-ci, on peut voir quelques marches taillées dans le roc. Par une échelle et cet escalier, on accédait à une grotte servant de cellule à un moine, mais le passage a été condamné lors de l’aménagement de l’étage supérieur.
- L’étage supérieur.
La grande salle. (Fig 12)

L’église, autrefois, contenait sept icônes. Elles ont disparu suite aux divers pillages dont le couvent était l’objet dès qu’il était abandonné. Lors des derniers travaux de restauration, on a voulu les rappeler et l’on a fait exécuter sept tableaux qui les remplacent. Deux sont en bas: St Michel et St Siméon le stylite. Les autres sont ici: St Maroun, St Elisée (copie de l’icône de l’église), la Ste Vierge, St Antoine et St Elie.
La dalle noire
Au mur est fixée une dalle de basalte. Elle a été trouvée dans l’ermitage voisin de Mar Bimine Des inscriptions en syriaque strangheloviii permettent de connaître son origine: Alep. Par contre, nous ne possédons aucune indication de date. Sans doute a-t-elle été apportée ici par un moine ou postulant alépin. La figure qui y est gravée peut faire l’objet de diverses interprétations. (Fig 13)
Selon les codes symboliques classiques.
- Le cercle représente le ciel, ou la divinité.
- Le décalage des arcs de cercle fait apparaître au centre un carré, symbole de la Terre ou de l’humanité (Le chiffre 4 est traditionellement associé à la Terre à cause des 4 points cardinaux).
- Le point central (fortement marqué, sur une pierre dure, contrairement aux autres centres, à peine visibles), représente traditionnellement l’aleph, c-à-d, l’origine de tout. Or, le Christ, dans l’apocalypse, dit: « Je suis l’Alpha et l’Oméga » (Ap 1: 8), c’est-à-dire, le commencement et la fin de toute chose.

Nous avons donc le Christ (le point), avec son humanité (le carré), et sa divinité (le cercle).
Par ailleurs, cette figure fait apparaître deux croix. La première est classique. A cause de sa forme inscrite dans un cercle, on la trouve souvent en Occident sur les hosties. La seconde est formée de quatre poissons, symboles du Christ pour les premiers chrétiensix. Par ailleurs, chacune de ses branches se termine par deux pointes, comme la croix adoptée par les maronites. Elles signifient les deux natures du Christ, humaine et divine.
Pourquoi cette représentation? (Cf. article: Mar Assia / Des éthiopiens dans la Vallée). Au Vème siècle, les chrétiens étaient divisés au sujet du Christ: avait-il une ou deux natures? En 451, le concile de Chalcédoine trancha en faveur des deux natures, humaine et divine. Parmi ceux de rite syriaque, seuls les disciples de St Maroun l’acceptèrent. En 517, 350 moines furent massacrés à l’instigation de l’empereur Anastase à cause de leur fidélité au concilex. Plus tard, lors de l’invasion arabe, les anti-chalcédoniens s’allièrent aux envahisseurs contre les autres chrétiens.Les maronites, héritiers de ces disciples de St Maroun étaient donc les champions du duophysisme. D’où la croix adoptée par les maronites et cette figure qui est une profession de foi chalcédonienne.
La salle du fond. C’est là qu’aboutissait l’escalier remarqué à l’étage inférieur. Les parois semblent avoir été retaillées pour agrandir l’espace. Au-dessus, une autre grotte qui a dû s’effondrer accueillait probablement un moine. On imagine ainsi le couvent primitif, comme nous l’avons dit plus haut: une falaise truffée de grottes, fermées par un mur, et auxquelles on accédait par un système d’échelles, et rien d’autre.
- L’église (Fig 14)

Relativement récente puisqu’inaugurée en 1835, elle ne respecte pas tous les usages des églises maronites. Si elle possède bien trois autels, ceux-ci sont placés devant un mur droit au lieu des absides traditionnelles (Il en est d’ailleurs de même pour l’église du nouveau couvent, de 40 ans plus récente). Elle est orientée au Nord, au lieu de l’Est. Par ailleurs, on observe de nombreuses irrégularités dans sa construction. Erreurs ou contraintes imposées par les rochers qui l’entourent? Ainsi, l’arcade centrale est décalée à droite par rapport à la voûte. Le renfoncement derrière l’autel de gauche est plus profond que celui de droite. L’arcade le surmontant est plus basse que de l’autre côté…

On peut remarquer, vers le milieu et de part et d’autre, une poterie encastrée dans la voûte (Fig 15). En se retournant, on peut en découvrir quatre autres. Il devait certainement y en avoir beaucoup plus, mais elles ont dû disparaître lors des travaux de restauration.
Ce dispositif, destiné à améliorer l’acoustique, se rencontre fréquemment dans les églises libanaises. Dans la Vallée même, la petite chapelle de Mar Behnam comportait au moins six de ces poteries.

L’autel actuel est très récent. C’est, ainsi que les fonts baptismaux et le tabernacle, l’œuvre d’un artisan de la région. Sur son pied est sculpté le sceau de Abdallah Qaraali (Fig 16), un des fondateurs de l’Ordre Maronite et son deuxième supérieur général. Il semble être le premier à avoir utilisé le cèdre comme symbole.

Sur la face intérieure de la voussure centrale, du côté droit. On peut voir une figure qui serait celle du Père Antoun (Fig 17). Malheureusement, l’image originale, apparue naturellement, a été retouchée par un artiste. Il est donc désormais difficile de faire la part entre le naturel et l’artificiel, le préternaturel et la paréidoliexi.
L’icône de Mar Lichaa.

L’autel est surmonté d’une icône de style byzantin de St Élisée (Fig 18), patron du couvent. Elle est datée de l’an 7310 après Adam, ce qui nous laisse, selon le mode de calcul, une marge de quelques siècles!xiiElle provient de l’école d’Alep qui fleurit de 1650 aux premières années du XIXème siècle.
Peinte par le P. Goufrayel, elle a été offerte au couvent Mar Lichaa par le diacre Elias Al Qaraali l’Alépin. Le cadre, envoyé de Rome par l’évêque Ambrosios Nattine, a été ajouté en 1875.
Elisée est représenté portant le manteau d’Elie fait d’une peau de bête. (2R 1: 8). C’était le vêtement habituel des prophètes.
Il tient à la main un rouleau écrit en caractères syriaques. On pourrait penser qu’il s’agit d’un passage de son enseignement. Or, curieusement, le texte est un extrait du chapitre 10 d’Isaïe, lequel n’exercera son ministère qu’un siècle plus tard! IL s’agit d’une diatribe contre les mauvais dirigeants.
La figure d’Elisée est encadrée de quatre médaillons représentant divers épisodes de sa vie.

- En haut, à droite (2): Elie monte au ciel, Saint Elisée reçoit son manteau, et sépare avec les eaux du Jourdain. (2R 2: 11-14)
- En bas, à droite (3): Des enfantsxiii se sont moqués de sa calvitie. Le prophète leur jette un regard de mépris pendant que des ours, sortis de la forêt les déchirent. (2R 2 :23-24)
- En bas, à gauche, deux parties: En haut (4), résurrection du fils de la Shounamite (2R 4: 8-36)
En bas (5), après avoir guéri Naaman le Syrien de la lèpre, Elisée punit son serviteur Guéhazi de cette même lèpre pour sa cupidité. (2R 5: 1-27) - En haut, à gauche (6)): Un homme placé dans le tombeau du prophète, ressuscite au contact de ses os. (2R 13 :21)
- DANS LE VOISINAGE IMMEDIAT
Lorsque les Pères Carmes s’installèrent à Mar Lichaa, ils reçurent en outre » quelques grottes situées à peu de distance du monastère, et ayant servi d’habitations aux anciens ermites « . Deux sontfacilement identifiables.
- Mar Bimine.

En suivant à rebours le chemin de croix, à quelques centaines de mètres du couvent, on remarque en hauteur, dans la falaise, une grotte qui comporte un morceau de mur. Il s’agit de l’ermitage Mar Bimine (St Poemen.) (Fig 20). On y accédait sans doute autrefois par une haute échelle, ou bien par un escalier taillé dans le rocher (visiblement, une partie de la falaise s’est effondrée). C’est là qu’a été trouvée la dalle noire exposée dans le couvent.

Au-dessous de cet ermitage, un trou a été creusé dans le rocher. Il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’un puits ou d’une citerne. Il constitue avec l’espace rectangulaire adjacent taillé dans la pierre, un pressoir à vin (Fig 21).
Par ailleurs, à gauche du pressoir, un rocher est percé de deux trous cylindriques, destinés sans doute à recevoir des poteaux, ce qui indique la probable présence en cet endroit d’un autre ermitage.
- Mar Mkhayel (Fig 22)
De l’extérieur, on voit un mur en pierre au rez-de-chaussée. A l’étage, la grotte est fermée par un mur en torchis sur une palissade de bois en retrait par rapport à l’autre, l’espace entre deux formant une petite terrasse. Le tout, qui était complètement ruiné a été reconstruit récemment à l’identique. Il est probable qu’à l’origine, le mur extérieur s’élevait jusqu’à la voûte rocheuse. Celle-ci se serait partiellement écroulée, et le mur n’étant plus abrité n’aurait pas été reconstruit.

Rien ne nous permet de préciser la date où s’y est retiré le premier solitaire, mais il est vraisemblable que, comme pour l’ensemble de la Vallée, il s’agit du IVème ou du Vème siècle.
De cette occupation, il ne reste que les vestiges d’une chapelle. Par la suite, comme la plupart des grottes de la Qadicha, celle-ci a été occupée de différentes manières au cours des siècles. Ne serait-ce que par les bergers et leurs troupeaux.

Lors de la grande peste qui ravagea le Mont-Liban, un des pères carmes en fut atteint. Fuyant la contagion, ses confrères se réfugièrent « dans une grotte voisine, dédiée à l’archange St Michel » nous raconte l’un d’entre eux. Il ne peut s’agir que de celle-ci, la seule assez grande à proximité.
Le même carme nous dit qu’elle comprenait « trois ou quatre pièces, et, contiguë à celles-ci, une église ou une chapelle ». Si l’on admet que le mur extérieur s’élevait jusqu’à la falaise, cette description semble bien convenir à notre ermitage.

On sait qu’au début du XXème siècle, s’y est installée une famille dont les descendants habitent encore dans la Vallée et à Bcharré. Ils y élevaient vaches et poules. C’est à eux que l’on doit le tannour (Fig 24) que l’on peut voir à l’ouest de la grotte (endommagé, il a été reconstruit).
Auparavant, elle a aussi abrité, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, des nationalistes, partisans de Youssef Bey Karam, luttant contre les ottomans.
ANNEXES
Jusqu’à la fin du XVIIème siècle, il n’existait pas d’Ordre monastique maronite, mais des monastères indépendants les uns des autres. Abdallah Qaraali (dont nous reparlerons plus loin), note que les moines ne disposaient pas « de Constitutions, ni de Règles relatives à la vie religieuse, mais qu’ils menaient la vie monastique avec une simplicité, salutaire pour les bons, et dangereuse pour les autres ». En fait, ils se référaient à un ensemble de coutumes baptisé « Règle de St Antoine », mais qui pouvait varier d’un couvent à l’autre.
Il n’y avait pas, à proprement parler de noviciat, mais un temps de préparation, qui pouvait être très court, avant la remise de la capuche, cérémonie qui tenait lieu de profession. Les notions de pauvreté, chasteté et obéissance étaient mentionnées à cette occasion, mais ne faisaient pas l’objet de vœux explicites.
Tous les témoins s’accordent pour louer la simplicité de vie des moines.
La chasteté semble avoir été strictement observée. « L’on n’y entend jamais parler de quoy que soit de scandaleux ni de mauvaise odeur » , témoigne Dandini.
Il n’en était malheureusement pas de même de l’obéissance. Selon le même Dandini, les moines quittent le couvent sans cesse et « n’observent guères l’obéïssance qu’ils doivent à leurs Supérieurs ».
Une réforme était donc nécessaire. Elle était demandée par Rome, et également souhaitée par le patriarche.
C’est alors que, en 1694, se présentent à Stéphane Douayhi, à Qannoubine, trois jeunes alépins: Abdallah Qaraali, Gabriel Hawa et Youssef el Betn (ils seront rejoints peu après par un autre alépin, Germanos Farhat) . Ils ont en projet de réformer la vie monastique s’inspirant du modèle occidental, mais en conservant les caractéristiques de la spiritualité antiochienne. Séduit, le patriarche les garde chez lui quelque temps, après un passage au monastère de Tamich, pour étudier leur vocation. Le 10 novembre 1695, il leur remet l’habit monastique ad experimentum, et les installe à Ehden, à Mart Moura. Gabriel Hawa est élu supérieur de la petite communauté.
L’année suivante, suite à des négociations menées par le patriarche avec les habitants de Bcharré, l’ordre naissant prend possession du couvent de Mar Lichaa. Abdallah Qaraali en est nommé le supérieur.
En 1698 se tient à Mar Lichaa le premier Chapitre général. Gabriel Hawa est nommé supérieur général, Abdallah Qaraali supérieur du couvent de Mar Lichaa et Gabriel Farhat supérieur de Mart Moura.
Des divergences de vue surviennent alors entre Gabriel Hawa d’une part, et Abdallah Qaraali suivi par la majorité de la communauté, d’autre part. Le premier ayant une vision plus orientée vers l’apostolat et le second plus vers la perfection personnelle. A la demande des moines, Gabriel Hawa démissionne en 1700 en faveur de Abdallah Qaraali . Avec l’accord du patriarche, Hawa tentera de fonder une communauté selon ses vues à Mart Moura. Ayant échoué, il se retirera à Rome où il recevra plusieurs missions de la part du Saint-Siège. Il sera, par la suite, nommé évêque de Chypre.
Enfin, en 1700 également, le patriarche Stéphane Douayhi approuve les statuts de la congrégation nouvelle sous le nom d’ « Ordre Alépin maronite », qui devait être changé en 1706, en « Ordre libanais maronite de Saint-Antoine ».
L’œuvre fondée ici eut un grand rayonnement. Suivant son exemple, une autre congrégation naquit quelques années plus tard à Broummana, au couvent de Mar Chaya, sous l’impulsion de Mgr. Gabriel Blaouzawi. Par ailleurs, des moines non-maronites (grecs-catholiques, arméniens-catholiques, chaldéens catholiques…) furent envoyés par leurs communautés en observateurs à Mar Lichaa et à Qozhaya (qui avait été rattaché à l’Ordre Alépin), afin de promouvoir des réformes dans leurs congrégations respectives.
Malheureusement, de graves dissensions survinrent entre les moines originaires d’Alep et ceux du Mont-Liban. En1770, Rome approuva la séparation en deux congrégations distinctes: « Alépins » et « Baladites ». Les couvents furent partagés, et Mar Lichaa fut attribué aux Alépins, tandis que Qozhaya revenait aux Baladites (La congrégation porte actuellement le nom d’Ordre Libanais Maronite) .
Enfin, en 1969, l’Ordre Alépin se consacrera à la Ste Vierge, sous le nom d’ « Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie » ou « Ordre Maronite Mariamite » (O.M.M.) retour
François de Galaup de Chasteuil naquit en 1588 à Aix en Provence. Sa curiosité allait de pair avec sa grande intelligence.xiv Cependant son domaine de prédilection était l’Ecriture Sainte et la langue hébraïque. Pour mieux se perfectionner dans cette étude, il se mit à l’école d’un rabbin et devint un spécialiste réputé, même auprès des juifs. Il eut d’ailleurs l’occasion de collaborer avec Gabriel Sionite, un célèbre érudit maronite ayant passé une partie de sa vie entre la France et l’Italie, et un des principaux auteurs de la « Bible polyglotte »xv.
Pour mieux se plonger dans l’atmosphère orientale, et afin d’approfondir ses connaissances auprès de savants qu’il espérait rencontrer, il s’embarque en 1631 pour un voyage vers la Terre Sainte.
L’année suivante, il arrive à Sayda, puis à Beyrouth, puis dans la montagne libanaise. Il y passe 40 jours à Ehden auprès de l’évêque Georges Omeira, futur patriarche. Là, commence à se préciser le projet qui mûrissait en lui depuis longtemps, de s’installer quelque part et achever sa vie dans l’étude et la prière.
Il choisit le curé d’Ehden, le Père Elie, comme directeur de conscience, distribue tous ses biens et, ne gardant que quelques vêtements et ses livres, s’installe avec la bénédiction du patriarche, dans l’ermitage Mar Yaqoub. Au début, il ne voulait avoir de contact avec personne, mais, sa réputation de sagesse et de sainteté s’étant répandue, les habitants des environs voulurent lui envoyer leurs enfants pour qu’il les instruise. Il finit par accepter, et c’est ainsi qu’il établit une école champêtre de catéchisme à l’ombre d’un noyer, au bord d’une fontaine. Bientôt envahi de visiteurs venus lui demander des conseils les plus divers, il décida de ne rencontrer que ceux qui viennent s’entretenir de sujets d’ordre spirituel.
Le Père Elie nommé évêque d’Ehden s’installe à Mar Sarkis. François de Chasteuil, pour se rapprocher de son père spirituel, emménage alors dans une grotte proche du couvent. Lorsque survient la grande attaque turque, tout le monde s’enfuit, lui, reste dans sa grotte, se nourrissant de quelques noix et d’olives, mais demeurant parfois plusieurs jours sans aucune nourriture! Une fois la tempête passée, tous reviennent et la vénération dont il est l’objet ne connaît plus de bornes. Les foules accourent à Ehden. Une multitude de miracles lui est attribuée, y compris chez les musulmans. « Les Turcs même , (…) eurent de la veneration pour lui , apres, qu’ils eurent appris de quelle maniere il avoit vescu durant cette persecution. (…) Quelques uns d’eux se meslant parmi les Chrestiens, venoient se recommander à ses prieres & luy tesmoignoient avoir beaucoup de confiance en son assistance » Quant aux religieux , voyageurs ou marchands, « Nul de ceux qui passoient par Tripoly, par Saide, & par Baruth, ne manquoient d’interrompre le cours de leur voyage pour prendre le chemin de la ville d’Heden & du Monastere de Saint Serge » (Marchety: « La Vie de Monsieur de Chasteuil » 1666).
En 1643, les carmes nouvellement arrivés à Mar Lichaa le supplient de venir chez eux. Il finit par céder et accepte leur hospitalité. C’est un véritable cortège qui descendant de Bcharré l’accompagne au couvent. Il n’y demeurera pas longtemps. Peu de temps après son arrivée, il tombe gravement malade. (probablement la tuberculose). Malgré les supplications du supérieur, le P. Célestin, il refuse la visite d’un médecin, et même tout adoucissement de son mode de vie ascétique. Après six mois de présence à Mar Lichaa, Dieu le rappelle à lui le 15 mai suivant.
La coutume est, en Orient, d’enterrer les morts le lendemain du décès. Beaucoup de gens n’ont pu y assister faute d’avoir été prévenus à temps. On organisa donc une nouvelle cérémonie une semaine plus tardxvi où, cette fois, tous purent être présents. » Plusicurs Evesques s’y trouveremt, avec un tres-grand nombre de Prestres. Le peuple y vint en foule, & le concours en fut si grand , que le Monastere ne pût pas les contenir tous dans son estendue. Les Peres Carmes chanterent vne Messe selon le Rituel Romain , & vn d’entre les Archevesques.Maronnes (…) officia Pontificalemen à la grand’ Messe, qui se celebra en Langue Syriaque »xvii(Marchety).
On exigea qu’il soit enterré assis. C’était une coutume – non une règlexviii – pour certains de ceux qui avaient détenu une autorité, patriarches, évêques, supérieurs, et même parfois, curés de paroisse. On fit valoir que, par sa vie, il avait enseigné. « On l’enterra vers le couchant dans vne petite caverne qui avoit servy de sepulchre aux Evesques de ce lieu là », nous dit Marchety. Un notable français, le sieur Jean Boissely eut l’intention de le faire rapatrier plus tard sa dépouille. Aussi, il proposa de lui bâtir un tombeau pour lui seul, et à ses frais, ce qui fut accepté. Mais finalement, François de Chasteuil n’est jamais rentré en France et son tombeau est toujours là.
On a prétendu qu’à la mort du patriarche Omeira, les maronites ont voulu le choisir pour lui succéder. Malheureusement pour l’anecdote, notre ermite était déjà enterré depuis trois moisxix Cependant, on ne prête qu’aux riches, et toute légende possède sa part de vérité. Celle-ci montre simplement la réputation de sainteté de François de Chasteuil qui « mourut (…) laissant après soi une odeur de sainteté, qui est encore répanduë dans tout ce pays-là ». (La Roque) retour
« Pauvre, je suis entré dans l’Ordre, riche j’en suis sorti »
(Père Antoun Tarabey)

La figure marquante de ce couvent, et qui attire sans cesse de nombreux pèlerins, est sans conteste, celle du Père Antoun Tarabey.
Né en 1911 à Tannourine, Gabriel Tarabey ressent très tôt l’appel du Seigneur. Il n’a que 17 ans lorsqu’il frappe à la porte de l’Ordre Mariamite. Après quelques mois au couvent Mar Sarkis ou Bakhos à Achqout, il poursuit son noviciat à Mar Lichaa, sous le nom de Frère Iklimos. Il avait ainsi souvent l’occasion de descendre dans la vallée y rencontrer le Père Antonios Ghosn qui vivait en ermite dans l’ancien couvent.
En 1930, il prononce ses vœux et prend le nom de Frère Boutros qu’il changera un peu plus tard pour celui d’Antonios ou Antoun.
En 1935, il est ordonné prêtre et envoyé comme aumônier chez les sœurs de Hrach. En 1949, il succède à l’ermitage de Mar Lichaa au Père Antonios qui vient de décéder. Il y demeurera jusqu’en 1981. Sa santé s’étant détériorée, il sera alors envoyé à l’hospice du Christ-Roi à Zouk, puis, pour des raisons liées à la guerre, en 1990, au couvent Mar Sarkis ou Bakhos à Achqout. Enfin, il reviendra en 1994 au Christ-Roi où il décédera en 1998.
Déjà, à Hrach, sa vie faite de prière et de mortifications lui attirait de nombreuses âmes en quête de conseils et de soutien spirituel. A Mar Lichaa, leur nombre ne cessera d’augmenter, les fidèles n’hésitant pas à parcourir l’abrupt sentier pour avoir la faveur de le rencontrer.
On lui demande fréquemment de prêcher des retraites hors du monastère, mais il retrouve souvent les lieux dévastés, aussi il finira par ne plus les quitter.
Le froid, l’humidité et le jeûne finirent par altérer sa santé, et en 1981, il est emmené, à moitié paralysé à l’hospice du Christ-roi. Il supportera encore durant près de 18 ans ses souffrances avec un sourire qui étonnait les médecins, plus que tous autres conscients de ce qu’il endurait.
Après sa mort, le 20 juin 1998, sa dépouille est transférée au monastère où il avait passé plus de trente ans. Sa tombe reçoit chaque jour de nombreuses visites et la fête anniversaire de sa mort, célébrée le troisième samedi de juin, attire chaque année plusieurs milliers de pèlerins
Les témoignages de son don de prophétie, les récits de guérisons, du corps ou de l’âme, de son vivant ou après sa mort abondent. Tous ces rapports sont rassemblés par un comité et envoyés à Rome en vue de sa canonisation que tous appellent de leurs voeux. retour
i Eh oui! La présence simultanée d’un homme et une femme ermite fit jaser certains, mais leur conduite dut être irréprochable car le père Georges fut plus tard choisi comme évêque de Bcharré.
ii Où se trouve actuellement le musée Gibran.
iii Un siècle auparavant, l’évêque Georges Ibn Herwas mentionné plus haut, avait déjà dû s’y réfugier.
iv C’est là l’origine de l’Eglise catholique melkite.
v Les Khazen étaient une famille puissante du Kesrwan. Ses émirs ont joué un grand rôle dans l’histoire de l’Eglise maronite.
vi Jean de La Roque, 1661-1745. Voyageur, journaliste et homme de lettres. Il visite le Liban fin 1689. On lui doit plusieurs ouvrages dont « Voyage de Syrie et du Mont-Liban » où il relate notamment l’histoire de François de Chasteuil.
vii Cette expression est demeurée proverbiale. On ne sait si la Roque la inventée où s’il cite un dicton populaire.
viii Il existe trois formes de l’alphabet syriaque: le serto, le stranghelo et le chaldéen.
ix En grec, l’anagramme de « Jésus Christ, Fils de Dieu Sauveur », soit « Iesos CHristos tou THeou o Uios Sôter », est « ICHTHUS », qui signifie « poisson »
xLes maronites célèbrent leur martyre le 31 juillet.
xi Paréidolie: Phénomène psychologique analogue aux illusions d’optique. C’est lui qui nous fait, par exemple, reconnaître une forme familière, comme un visage ou un animal, dans une tache, un nuage, le marc de café…
xii Les dates proposées pour la naissance d’Adam sont, entre autres: -3760 pour les juifs, -4004 pour Ussher, -5508 pour les orthodoxes, -5562 pour certains protestants, -5586 d’après la Septante etc.
xiii En réalité: des jeunes gens.
xiv Il était, versé, ayssi bien en mathématiques et physique qu’en grex et en latin, docteur en droit…
xv Bible en sept langues: hébreu, samaritain, chaldéen, grec, syriaque, latin et arabe.
xvi 7 jours selon Marchety, 9 jours, selon Augeri.
xviiSelon Augeri, le patriarche aurait célébré une troisième messe assisté de 150 prêtres, mais cela est peu vraisemblable.
xviii Dans le sol de l’église de Qannoubine, lors des travaux de restauration, on a trouvé un patriarche enterré assis sur un siège et revêtu de ses ornements. Ignorant son nom, on a recouvert la tombe d’une dalle qui pourra être soulevée pour permettre des analyses ultérieures.
xix Toutefois, s’il n’est pas impossible que le fait, tel quel, soit authentique, il aurait pu se dérouler 10 ans auparavant, à la mort de Jean Makhlouf.
