Mar Yohanna, Mar Gerges, Mar Challita

  1. Itinéraire

Cet ensemble est accessible de deux façons

  • De Hadchit

Un peu avant l’église Mar Romanos, à droite, sur la route, un panneau indique Mar Yohanna. Le chemin est pittoresque, mais un peu difficile, surtout au printemps où un torrent se confond souvent avec son lit. Nous prendrons donc l’autre chemin.

  • Du fond de la Vallée

La route allant de la centrale électrique à Qannoubine franchit deux petits torrents. Dans les deux cas, aussitôt après le pont, un sentier monte vers Hadchit. Le premier passe devant Deir es Salib (Cf. Vallée de Houlat). C’est le second qui nous intéresse ici, Au même endroit, à gauche, un chemin descend vers la rivière, puis conduit à Hasroun. Montons à droite. Après 5 mn, nous arrivons à un embranchement en forme de T marqué par deux panneaux superposés. Celui du haut se réfère au chemin de droite qui mène en dix minutes à Mar Yohanna.

Plan YoGeCh
Itinéraire
  1. Mar Yohanna
escaslier
Un escalier original!

Le couvent aurait pris la place d’un ancien lieu de culte phénicien. Il est dédié à un saint Jean qui ne serait ni l’apôtre, ni le Baptiste, mais connu ailleurs sous le nom d’Edna et invoqué pour les problèmes auditifs. On y trouvait autrefois une cuvette qui recueillait l’eau tombant d’une stalactite, laquelle eau était censée guérir les maux d’oreilles.

Vers Mar Yohanna

Quittant par la gauche le chemin qui continue jusqu’à Hadchit, nous nous trouvons devant un escalier assez original. Fait de bric et de broc, avec des pierres maintenues en place par des bouts de bois, eux-mêmes fixés par des fers à béton ou des câbles d’acier, il n’est pas fait pour inspirer la confiance. Et pourtant, il demeure en place depuis plusieurs décennies et on peut l’emprunter en toute sécurité!

  • La chapelle
Le porche

On arrive ensuite par un escalier de pierre plus classique devant un petit porche. Passée la porte (si on a pu se procurer la clef à la paroisse Mar Romanos), on pénètre dans une chapelle de forme irrégulière aménagée dans une petite grotte. L’abside abritant l’autel principal est flanquée, comme on le rencontre fréquemment de deux absidioles contenant des autels aux fonctions purement symboliques.

Plan chapelle
Plan de la chapelle

L’originalité de cette chapelle résidait dans ses peintures murales, malheureusement vandalisées en décembre 2017. Un barbare les a recouvertes d’un vernis opaque . Espérons qu’il pourra être ôté. Outre des croix de différentes formes, on y trouvait des représentations d’animaux étranges. Un animal à deux pattes qui pourrait être aune autruche, sauf que sa tête ressemble à celle d’une girafe. Un autre figure pourrait représenter un éléphant, sauf que sa queue serait aussi grosse que ses pattes! Tout de même, un animal est parfaitement reconnaissable à ses cornes droites: il s’agit clairement d’un oryx.

L’escalier vers le couvent

Tous ces animaux ne se trouvent qu’en Afrique: le couvent a été occupé par des moines éthiopiens (Cf. article Mar Assia: « Des éthiopiens dans la Qadicha« ).

L’étage supérieur

Un petit escalier taillé dans le rocher monte au couvent proprement dit. Il n’en demeure qu’un petit bâtiment au mur de pierre autrefois recouvert de torchis.

Plan2
Plan de l’étage supérieur

Ce que vous ne verrez plus!

Des croix de différentes formes. Celle de gauche, à 12 pointes est un symbole copte
Un animal étrange Un oryx
  1. Mar Gergès – Mar Challita

Nous redescendons jusqu’à l’embranchement en « T ». Là, nous continuons tout droit (Voir le plan). En cinq minutes, un sentier longeant des terrasses plantées d’oliviers nous conduit à une chapelle partiellement ruinée. Selon un panneau planté à proximité, ce monastère est dit des »Ahbaches ». Il ne s’agit évidemment pas de la secte fondée au milieu du siècle dernier par Abdallah al Habachi, mais d’un terme générique désignant, ici, tous les éthiopiens. Pour la présence des éthiopiens dans la Vallée et dans ce couvent, nous vous renvoyons, une nouvelle fois à notre article sur Mar Assia au chapitre « Des éthiopiens dans la Qadicha« 

La chapelle Mar Challita

Mar Challita ou Mar Gergès?

Nous allons voir plus loin une petite chapelle aménagée dans le rocher. Certains la nomment Mar Challita et la première Mar Gergès, pour d’autres, c’est le contraire. Nous suivrons ici l’avis selon lequel le couvent tout entier est dédié à Mar Gergès et la chapelle où nous trouvons à Mar Challita.

Qui est Mar Challita?

De son vrai nom, Artémios, il s’agit d’un officier de l’armée romaine. Très proche de l’empereur Constance II (chrétien, mais tenant de l’hérésie ariennei), il fut nommé par lui « dux Aegypti », c’est-à-dire gouverneur militaire de l’Égypte (d’où son nom syriaque « Challita » qui signifie « gouverneur »). Dans l’exercice de sa fonction, il se montra très dur envers les païens et également envers les chrétiens nicéens. Il fut décapité en 363 à Antioche, sur ordre de l’empereur païen Julien l’Apostat. Les motifs de son exécution étaient probablement plus politiques que religieux, mais il est néanmoins considéré comme martyr, et, malgré son arianisme, vénéré par les églises tant catholiques qu orthodoxes.

Curieusement, et on ne sait pas bien pour quelle raison, il est invoqué pour les maladies des animaux.

L’église

Elle est construite sur le même modèle que Mar Behnam (Cf, l’article: « Vallée de Houlat »), mais en plus grand. L’absidiole de gauche a été détruite par des pillards chercheurs de trésors.

Autour des autels, on distingue encore là où l’enduit de meure, quelques traces de décoration de couleur rouille, très fréquente sur les monuments de la Vallée.

A gauche, les dégâts causés par les chercheurs de trésors
Une croix « chalcédonienne »

Dans le mur de gauche, deux niches laissent apparaître la paroi rocheuse enduite de chaux. On voit que l’église originelle s’appuyait directement sur le rocher.

Dans la niche de gauche, on trouve les vestiges d’une croix chalcédonienneii peinte sur la couche de chaux recouvrant la paroi rocheuse, donc, datant de l’église primitive.

Le monastère

Nous avons déjà dit ailleurs que, au début, tous les monastères n’étaient que des ensembles de grottes auzquelles on accédait souvent par un système d’échelles. De toute la Qadicha, c’est Mar Gergès qui nous en donne le modèle le plus évident.

Le monastère: un ensemble de grottes

En sortant de l’église, à une vingtaine de mètres à droite, nous trouvons un escalier taillé dans la pierre. Assez étroit, et parfois glissant à cause des feuilles de chêne, il est maintenant sécurisé par une corde fixée au rocher. Un peu plus haut, il faut escalader quelques mètres pour rejoindre une échelle, mais, là encore, la corde nous facilite grandement le travail. L’échelle, autrefois branlante, est maintenant fermement fixée. Tout ce trajet, autrefois un peu difficile, est maintenant accessible à tous, à condition toutefois de ne pas être sujet au vertige.

La chapelle

Une fois l’échelle grimpée, on se dirige vers la droite pour pénétrer dans la petite chapelle. Derrière l’autel bien conservé, la paroi est couverte d’une fresque géométrique. Certains y voient un témoignage de la présence éthiopienne, mais, en fait, l’art non-figuratif éthiopiens est plutôt fait d’entrelacs, ce qui n’est pas le cas ici. De plus, dans le dernier état, cette fresque ne devait pas être visible car elle avait été recouverte de deux couches d’enduit de chaux supplémentaires dont on voit des vestiges. Il est donc probable qu’elle est antérieure à l’arrivée des éthiopiens.

L’autel avec sa fresque
Fresque, détail. On voit les trois couches d’enduit

Bien sûr, une grande partie de la falaise s’est effondrée, mais on peut essayer d’imaginer le couvent lors de son habitation. Un jeu d’échelles et de passerelles reliant les grottes entre elles. Tentons de nous représenter le quotidien des moines. L’un méditant seul dans une cellule isolée, d’autres descendant travailler la terre avant de se rassembler pour la prière ou les repas … Difficile! Notre imagination atteint vite ses limites. Il nous semble pénétrer ici dans un autre monde , peuplé par une autre race d’hommes, ayant d’autres modes de penser, d’autres priorités, une autre échelle de valeurs.

Vue de l’intérieur de la chapelle

Notes

iL’arianisme, doctrine christologique élaborée par Arius, théologien alexandrin du début du IVème siècle. Selon lui, le Christ aurait été créé par le Père un jour du temps, et lui était donc inférieur. L’arianisme a été condamné par le concile de Nicée convoqué par Constantin en 325 (Ce qui n’a pas empêché le même Constantin de se faire baptiser sur son lit de mort par un prêtre arien!). A la faveur de ses successeurs, surtout Constance II, l’arianisme va se répandre dans tout l’empire. Après lui, Julien dit « L’Apostat » (361-363) relèvera brièvement les cultes païens, avant que Théodose (379-395) ne rétablisse l’orthodoxie nicéenne.

iiEn 451, le comco;e de Chalcédoine affirma les deux natires, humaine et divine du Christ. Cette doctrine fut rejetée par une partie de l’Église, notamment le patriarche d’Alexandrie, les arméniens, les chaldéens, et une partie des syriaques (Cf. article « Mar Assia »: « Des Ethiopiens dans la Qadicha »). Les branches de la croix « chalcédonienne », adoptée comme symbole par les maronites, se terminent par deux pointes, pour signifier les deux natures du Christ.