
Itinéraire
En voiture Il existe deux routes d’accès
- Sur la route de Bcharré à Ehden, entre Blawza et Bane, prendre à gauche la route qui descend vers Hawqa. Traverser le village et poursuivre jusqu’en bas
- Sur la route de Tourza à Ehden, à Aarbet Qozhaya, (9km avant Ehden), prendre à droite et continuer lusqu’au bout.
A pied
Egalement deux possibilités:
- De Ehden: Sur la route qui contourne le village, après Mart Moura en allant vers Bcharré, un sentier descend à droite. Il traverse le village de Aïn Tourine et, en une petite heure, conduit au monastère. Une partie est un peu glissante. Le chenin est balisé par le LMT (Lebanon Mountain Trail) en blanc et violet.
- De la centrale électrique de Mar Lichaa. Prendre la route du fond de la vallée qui mène à Qannoubine et continuer au-delà en suivant le balisage aux couleurs du LMT. Le chemin traverse le petit village de Fradis. Le trajet prend environ 3h30.
- On peut également partir de Fradis. La durée est alors d’1h30 environ.
- Histoire
Son nom, tiré du syriaque, signifie « Trésor de vie ». Une tradition attribue sa fondation à saint Hilarion, disciple de saint Antoine, mais cette supposition n’est étayée par aucun document, et, en fait, très peu vraisemblable. Comme tous les monastères de la Vallée, il a probablement commencé par n’être qu’un ensemble d’ermitages, avant de se constituer en communauté structurée.
L’existence su monastère est attestée au XIIème siècle par un document de la main du patriarchei qui dit ceci: » Le 8 du mois de Septembre de l’an 1465 des Grecs (1154 AD) se présenta à moi, Pierre, patriarche des Maronites.…., le fils Isaïe, moine du monastère de Qozhayya« . Cet Isaïe sera nommé supérieur du couvent Mar Yohanna à Kousband. Mais il existait un autre document beaucoup plus ancien, cité par Bleibel dans son « Histoire de l’Ordre Libanais ». Il s’agit … d’une marmite en cuivre! Son couvercle portait l’inscription suivante, datée de l’an 1000: « Ceci est un legs au monastère de Saint-Antoine de Qozhayya, fait par le prêtre Georges, curé du village de Qarhine«
Comme pour tous les couvents de la Vallée, nous verrons que son histoire est parsemée d’une longue suite de persécutions.
En 1440 le patriarche doit se réfugier à, Qannoubine (Cf l’article Qannoubine), un certain nombre de moines quittent ce couvent pour lui faire de la place et s’installent à, Qozhaya qui est agrandi.

Au début du XVIème siècle, il est détruit par les chiites, il est reconstruit aux frais de la famille Samrani de Smar Jbeil. Sa restauration est achevée en 1544. Nous savons par le descriptif des travaux qu’il ne comprenait alors que les lieux communautaires, les moines dormant dans les grottes voisines.
1574: Le monastère était abandonné (persécutions?). Le patriarche le repeuple en y envoyant 10 moines et deux évêques.
1610: Installation de la première imprimerie du P-O (Cf. plus loin)
En 1708, il est offert à l’Ordre maronite nouvellement créé (Cf. article Mar Lichaa). L’Ordre dépensa 25867 piastres pour le restaurer. C’est là que seront formés les novices.
Le 17 novembre 1714 un grand bloc de rocher se détachant de la montagne détruit une partie du couvent et cause la mort de deux moines, dont Joseph El Beten,l’un des trois fondateurs de l’Ordre (Cf. article Mar Lichaa) . Les réparations seront achevées en 1716
1723: Suite à diverses persécutions (ils ne pouvaient s’acquitter des taxes exorbitantes imposées par le pacha de Tripoli), les moines doivent quitter le couvent. Ils ne peuvent y revenir que grâce à l’intervention du consul de France à Tripoli.
1726: Nouvelle attaque du pacha. Probablement due au fait que le couvent avait donné asile aux évêques grec-catholiques considérés par les ottomans comme hors-la-loi (Cf. article Mar Lichaa). Cette fois, les moines, réfugiés au Kesrwan, durent attendre deux ans pour pouvoir revenir.
1865: Construction de l’église par le Père Pierre de Bejdarfel.
1840: Il est mis à sac par les soldats égyptiens.
1866: A nouveau pillé, par les turcs, cette fois.
1877: Nouvelles persécutions par le moutassaref Rustom Bacha.
1926-1928: Le couvent est entièrement remanié. Toutes les anciennes constructions sont détruites, à l’exception de l’église, la partie qui accueille l’actuel musée et quatre cellules.
1993-1994: Nouveaux travaux de restauration et inauguration du musée.
- Visite
- La Grotte des Fous
Devant l’entrée du monastère, un escalier mène, à gauche, à une grande grotte à deux niveaux, qui a servi, au Moyen-Age, d’asile psychiatrique. Comme en Occident, tous ceux que la société ne pouvait prendre en charge, lépreux ou fous, étaient confiés aux moines. Bien sûr, il n’était pas possible de les soigner, mais au moins, avaient-ils là, le gîte et le couvert. La grotte, dont la température ne variait que peu entre l’été et l’hiver, offrait un logement, somme toute, assez confortable.

Au fond, des chaînes suspendues au-dessus d’un autel semblent évoquer une salle de torture. Elles sont là, en réalité, pour rappeler une tradition. Parmi ces « fous », pouvaient se trouver des forcenés qu’il fallait bien attacher pour protéger leurs camarades. On raconte que les moines passaient parfois une nuit en prières et exorcismes devant un de ces enragés (on dit même qu’ils leur jetaient quelquefois des chaussures à la tête!), et à l’aube, le collier s’ouvrait de lui-même et le malade était délivré de sa chaîne et de sa folie.

Eparpillées dans la grotte, on peut voir divers récipients, casseroles, marmites, bouilloires… Que font-ils ici? Les femmes qui ne peuvent avoir d’enfants viennent ici prier saint Antoine et, si leur vœu a été exaucé, offrent ensuite en ex-voto, selon leurs moyens, une marmite en inox, ou une simple rakweh en aluminium. Mais pourquoi ce genre d’ustensiles? L’explication la plus logique qui vient à l’esprit est que, peut-être, les femmes qui venaient autrefois prier St Antoine, n’arrivaient pas les mains vides, mais apportaient en offrande de la nourriture pour les « fous », et laissaient le récipient.
- L’église

Revenons sur nos pas et continuons à monter l’escalier. Après avoir franchi un petit porche voûté en pierres bicolores, nous débouchons sur une assez grande esplanade agrémentée d’une fontaine. A droite, elle est fermée par un muret d’où l’on peut admirer la petite vallée de Qozhaya, En face, un escalier mène aux bâtiments communautaires. Enfin, à gauche on peut admirer la façade de l’église en pierres bicolores selon le style de l’époque. A remarquer notamment la frise qui surmonte la porte ornée de feuilles sculptées sur les deux faces.
L’église elle-même, par sa belle simplicité, contraste avec la façade si délicatement décorée. Toute en longueur, elle occupe une grotte naturelle qui a été, cependant été retravaillée. La paroi gauche est recouverte d’un mur entrecoupé d’espaces où une cuvette percée d’un trou recueille l’eau qui suinte du rocher et l’évacue par une canalisation encastrée. La voûte rocheuse naturelle a été conservée, sauf dans le chœur où elle est maçonnée.

- Le musée
Dans le soubassement de la cour de l’église, ont été aménagés une boutique de souvenirs et un musée. La première salle est consacrée à l’imprimerie.
- L’imprimerie
La presse montrée ici ne date que du XIXème siècle, mais elle est là pour nous rappeler que c’est ici qu’à été fondée la première imprimerie du Proche-Orient.

De tout temps, les régimes totalitaires ont voulu avoir le contrôle des moyens de communication des idées et des informations. N’échappant pas à la règle, le sultan ottoman Beyazid II avait, en 1485, défendu sur tout l’empire, l’usage de l’imprimerie. Interdiction renouvelée par son fils et successeur Sélim Ier en 1515.
Sarkis Rizzi, évêque de Damas, mais résidant au couvent de Qozhaya se désolait du manque de livres liturgiques. Il est envoyé à Rome à plusieurs reprises par les patriarches maronitesii , et notamment, en 1606 pour y transmettre à Paul V nouvellement élu, les félicitations du patriarche. Le pape le conserve auprès de lui, lui confiant la révision des livres liturgiques maronites. Mais en 1608, le patriarche Youssef, son frère, décède. Début 1609, Sarkis repart pour le Liban, muni de lettres du pape …et d’une presse à imprimer avec tous les accessoires nécessaires, qu’il a acquise de ses propres deniers. Il est accompagné d’un typographe, le sieur Pasquale Eli. Bien entendu, tout ce matériel est transporté clandestinement à dos de mulet. De retour à Qozhaya, il recrute les diacres Youssef Amina de Karm es Saddé, et Youssef Ibn Younan ainsi que le prêtre Elias d’Ehdeniii. Avec cette petite équipe, il va éditer en 1610 un psautier … et l’histoire s’arrête là!
La table des matières mentionne:

- Les Psaumes du prophète et roi David
- Le récit du combat de David affrontant Goliath
- Les Louanges de Moise et d’Isaïe
- Le Magnificat
- Prières de saint Ephrem le Syriaque.
Pourquoi n’a-t-il pas continué? Faute de moyens financiers? Ou matériels (encre, plomb pour les caractères)? Ou bien parce que lui-même a dû retourner à Rome? On le voit, en effet y superviser différents travaux d’impression, dont, en 1621, le Missel maronite, et en 1625, le Grand Bréviaire. Plus tard, quelques tentatives de reprise de l’activité d’impression à Qozhaya resteront sans suite. Ce n’est qu’au XIXème siècle qu’elle reprendra brièvement.
De la presse d’origine, en bois, il ne reste rien. L’impression se faisait en caractères syriaques (karchouni). Il faudra attendre 1733 (l’interdit ayant été levé par le sultan en 1727), pour que soit crée, au couvent grec-catholique St Jean de Khenchara, la première imprimerie en caractères arabes au Liban.
Plusieurs exemplaires du psautier de 1610 sont conservésiv, dont l’un à la bibliothèque de l’Université Saint-Esprit de Kaslik, de l’Ordre Libanais Maronite.
Un autre psautier aurait été imprimé dans le même couvent en 1585. Il figure au catalogue de la Bibliothèque des Médicis à Florence. Cependant, aucun exemplaire n’en ayant jamais été retrouvé, il semble bien qu’il s’agisse d’une erreur.
- La crosse de St Louis

Les salles suivantes montrent des objets de nature très diverse : reliques, livres, ornements liturgiques, mais aussi des instruments faisant partie de la vie courante autrefois: des jarres, servant à conserver vin, huile ou salaisons et du matériel agricole. Nous nous arrêterons devant la vitrine de l’avant-dernière salle. Elle nous présente deux crosses d’évêque ou d’abbé. L’une, en métal, est de forme classique, avec un « Agnus Dei » encerclé par le crochet. L’autre très sobre de ligne, est en bois recouvert d’une marqueterie d’une remarquable finesse, avec quelques ornements et le crochet en ivoire. Elle aurait été offerte par Saint Louisv.
- Autour du couvent
Quelques uns des ermitages qui appartenaient autrefois au couvent. On peut voir Une cellule de moine, devenue une microscopique chapelle dédiée à St Jean-Baptiste.


L’ermitage Mar Bichoï qui a été restauré en 2005, ne peut malheureusement pas être visité.
i Il s’agit d’une note écrite en marge de évangéliaire de Rabbula.
ii Deux de ses oncles, Mkhayel et Sarkis, et son frère Youssef furent patriarches. C’est son oncle Sarkis qui l’avait envoyé pour la première fois à l’âge de 12 ans, étudier au Collège Maronite de Rome nouvellement fondé. Il en reviendra 6 ans plus tard pour entrer au couvent de Qozhaya.
iii Il semble qu’il s’agisse du père spirituel de François de Chasteuil, qui deviendra plus tard évêque d’Ehden.
iv Un exemplaire, conservé à la bibliothèque de Nuremberg porte, en marge de la dernière page, une inscription manuscrite disant que l’ouvrage a été acheté, par le chercheur allemand Tobias Adami, à l’évêque d’Ehden, pour la somme de deux piastres, en 1611.
v Son authenticité est toutefois mise en doute par des experts qui l’estiment plus récente.
